dimanche 8 mai 2016

Martin Bossange (1766-1865), maître et doyen des libraires de l’Europe



Martin Bossange (1766-1865)




M
artin-Adolphe Bossange, fils de Jean Bossange, maître cordonnier, et de Marie Gillabert, est né à Bordeaux [Gironde] le 4 novembre 1766 et a été baptisé le même jour en la cathédrale Saint-André.
Il monta à Paris vers 1785 pour travailler dans la libraire d'Edme-Jean Lejay (v. 1735-1797), rue Neuve-des-Petits-Champs [Ier], près celle de Richelieu, « au Grand Corneille ».

Devenu libraire et commissionnaire en librairie en 1787, il s'associa l'année suivante avec le libraire lyonnais Jean-Marie Besson, sous la raison sociale « Bossange et Cie », 33 rue des Noyers [partie du boulevard Saint-Germain, Ve].
Ils éditèrent un ouvrage périodique, Fastes de la liberté, ou Correspondance générale entre les peuples françois & leurs représentans (1789), par Belair, ancien capitaine d'artillerie ; 


Charles IX, ou l’École des rois, tragédie (1790), par Marie-Joseph de Chénier (1764-1811), frère cadet du poète ; Hymne pour la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790 (1790), par Marie-Joseph Chénier ; Mémoire historique sur la vie et les ouvrages de Mr. J. Vernet (1790) ; La Liberté du cloître, poëme (1790), par l'auteur des Lettres à Émilie ; Secrets concernant les arts et métiers (1791, 4 vol.), par une Société d'artistes ; Les Harangues politiques de Démosthène, avec les deux harangues de la couronne (1791, 2 vol.), traduction nouvelle par Gin ; La Constitution civile du clergé, développée par les débats (1791), par Godefroy de Montours ; Maximes du droit naturel, sur le bonheur (1791), par Meyniel ; Vie du maréchal duc de Villars (1792, 4 vol.), par Anquetil ; Recueil d'historiettes, traduites de l'allemand (1792), par Madame la chanoinesse de P...

Arbre généalogique simplifié de la famille Bossange

Le 12 janvier 1791, en l'église Saint-Benoît-le-Bétourné [Ve, détruite en 1831], Martin Bossange épousa Marie-Joseph-Rosalie Tardieu (1770-1798), qui lui donnera cinq enfants : Rosalie-Claudine le 7 octobre 1791, Jules en 1793, Jeanne-Adélaïde-Eugénie en 1794, Jean-Hector le 9 floréal an III [28 avril 1795] et Marie-Henri-Adolphe le 20 pluviôse an V [8 février 1797].

Les presses helvétiques, habiles à reproduire les apparences de la perfection, avaient infecté les foires de leurs contrefaçons actives de la collection des Œuvres complètes de Voltaire (S. l. [Kehl], Société littéraire-typographique, 1784-1789), par Beaumarchais :

Oeuvres complètes de Voltaire ( Kehl, 70 vol. in-8)

« Afin donc que le public, les jeunes gens, les bibliothécaires et les libraires de province soient désabusés, et n’achètent pas des éditions qui fourmillent de bévues, au lieu des vraies et seules authentiques, émanées de la Société littéraire de Kehl, connue sous le nom de M. Beaumarchais, nous prévenons nos lecteurs que ces éditions se trouvent chez M. Beaumarchais, rue du Faubourg-Saint-Antoine, et chez MM. Bossange et compagnie, libraires et commissionnaires, rue des Noyers, n° 33.
Voici les éditions qui existent encore :
Edition originale, grand in-8°, sur papier vélin, grande marge, feuilles choisies, 70 vol. à 9 liv. ; 636 liv. ; - Très-beau papier de France, feuilles choisies, 70 vol. in-8°, à 6 liv. ; 420 liv. ; - Edition marquée d’une *, 70 vol. in-8°, à 4 liv. ; 260 liv. – Marquée d’une , 70 vol. in-8°, à 3 liv. ; 210 liv.
Edition in-12, papier vélin, grande marge, feuilles choisies, 92 vol. à 6 liv., 552 liv. ; - Très-beau papier de France, feuilles choisies, à 2 liv. 10 s. ; 230 liv. ; - Marquée d’une , 92 vol. à 2 liv., 184 liv. ; – marquée d’une , 91 vol. à 1 liv. 10 s. ; 138 liv.
N. B. Les reliures se paieront séparément comme il suit :
Edition in-8°, veau écaille, filet, trois pièces sur le dos, doré sur tranche, très-belle reliure et d’un nouveau goût, 3 liv. ; la même reliure, sans dorure sur tranche, 2 liv. ; sans filet, 1 liv. 15 s. ; en basane propre, 1 liv. 4 s.
Edition in-12, veau écaille, filet, trois pièces sur le dos, 6 liv. 6 s. ; veau ordinaire, 1 liv. ; basane, reliure à l’anglaise, très-propre, 12 sous. »
(Gazette nationale ou Le Moniteur universel. N° 255, lundi 12 septembre 1791, p. 639)

Lié à l’écrivain Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), Bossange écoula difficilement les huit éditions du Voltaire de Kehl : la plus grande partie resta invendue et fut empilée dans la vieille église des Mathurins-Saint-Jacques [Ve, détruite en 1863] ; ce n’est que longtemps après qu’il put expédier outre-mer une partie de ces livres.
  
En 1792, Bossange et Besson s'associèrent avec Joseph-René Masson, libraire d'origine lyonnaise [ne pas confondre avec Victor Masson (1807-1879), fondateur des Éditions Masson, spécialisées dans l'édition médicale], et éditèrent : Les Helviennes, ou Lettres provinciales philosophiques (1792, 5 vol.), par l’abbé Augustin Barruel ; Parallèle des religions (1792, 6 vol.), par le R. Père Brunet.

En 1793, les trois associés déménagèrent rue et cour des Mathurins, depuis rue des Mathurins-Saint-Jacques [rue Du Sommerard, Ve], « à la Grille ».
Ils éditèrent : Louis XIV, sa cour, et le Régent (1793, 4 vol.), par Anquetil ; 


Jérusalem délivrée. Poëme du Tasse, traduit par Lebrun (An II, 2 vol.) ; Œuvres completes de Démosthène et d'Eschine, traduites en françois (An II, 6 vol.) ; Œuvres complettes de Mably (An III-An V, 24 vol.) ; 

Le Nègre comme il y a peu de blancs (t. I, frontispice)

Le Nègre comme il y a peu de blancs (An III, 3 vol.), par l'auteur de Cécile, fille d'Achmet

Fables de La Fontaine (4 vol. in-8)

Fables de La Fontaine, avec figures gravées par MM. Simon et Coiny (An IV-1796, 4 vol. in-8 et 6 vol. in-18) ; Synonymes français (An IV-1796, 4 vol.), par l'Abbé Roubaud ; Œuvres complettes de l'Abbé de Mably (1797, 20 vol.) ; L'Esprit de la Ligue (1797, 3 vol.), par Anquetil ; Nouveau dictionnaire portatif des langues françoise et angloise (1797, 2 vol.), par Thomas Nugent ; Œuvres de Salomon Gessner (An V-1797, 3 vol.) ; Théatre de P. Corneille, avec les commentaires de Voltaire (1797, 12 vol.).

Ce fut avec Bossange que Beaumarchais passa sa dernière soirée, le 28 floréal An VII [17 mai 1799], dans son hôtel du boulevard Saint-Antoine [à l’angle du boulevard Beaumarchais et du boulevard Richard-le-Noir, XIe, détruit]. Ce soir-là, ils jouaient ensemble aux dames, lorsque le valet de chambre de Beaumarchais entra dans le salon et lui annonça que l’heure qu’il avait fixée lui-même pour son coucher avait sonné. Beaumarchais, très occupé de sa partie, fit la sourde oreille à l’avertissement du domestique. Celui-ci insista : Beaumarchais ne bougea pas. Le valet de chambre s’approcha et fit sauter les pièces du damier au milieu du salon. Beaumarchais alla se coucher. Le lendemain matin, à l’heure convenue, le domestique entra dans sa chambre pour l’éveiller : il l’appela ; Beaumarchais ne répondit pas : il était mort.

Hôtel de Brancas, 6 rue de Tournon

Le 4 germinal An VIII [25 mars 1800], les trois associés, Bossange, Besson et Masson, achetèrent, pour 41.500 francs, l'imprimerie de Jean-Joseph Smits et de Jean Gossuin, installée depuis 1796 dans l'hôtel de Brancas, nommé depuis hôtel de Montmorency-Laval, 6 rue de Tournon [VIe], ainsi qu’une partie de l'édition du Dictionnaire de l'Académie françoise, imprimé par Smits en l'An VII, et plusieurs autres ouvrages de librairie.
Ils éditèrent : Vocabulaire des termes de marine anglois-françois et françois-anglois (An VIII), par le C. Lescallier ; Traité élémentaire, ou principes de physique (An VIII, 2 vol.), par Mathurin-Jacques Brisson ; 

Elémens ou principes physico-chimiques

Elémens ou principes physico-chymiques (An VIII-1800), par Mathurin-Jacques Brisson ; Rapport sur le perfectionnement des charrues (An IX), par François de Neufchâteau ; Recueil des lettres de Madame de Sévigné (An IX-1801, 10 vol. in-12) ; De la nature et de l'usage des bains (An IX-1801), par Henri-Mathias Marcard, traduit de l'allemand par Michel Parant ; Le Comte de Valmont, ou les Égaremens de la raison (An IX-1801, 6 vol.), par P. L. Gérard ; Nuovo dizionario portatile, italiano-francese (An IX-1801), par Giuseppe Martinelli ; Exercices de botanique, à l'usage des commençans (1801, 2 vol.), par J. C. Philibert ; Histoire médicale de l'armée d'Orient (An X-1802), par R. Desgenettes ; Lettres philosophiques sur l'intelligence et la perfectibilité des animaux (An X-1802), par Charles-Georges Le Roy ; Physiologie d'Hippocrate, extraite de ses Œuvres (An X-1802), par Delavaud ; Traités de législation civile et pénale (1802, 3 vol.), par Jérémie Bentham ; Les Voyages de Cyrus (An X-1802, 2 vol.), par Ramsay ; Dissertations de Maxime de Tyr (An XI-1802, 2 vol.), traduites par J. J. Combes-Dounous ; 

Histoire de l'art chez les anciens (t. II, deuxième partie, frontispice)

Histoire de l'art chez les anciens (XI-1802-1803, 3 vol.), par Winkelmann, traduit de l'allemand ; Jérusalem délivrée. Poëme, traduit de l'italien (An XI-1803, 2 vol.) ; Instruction relative à l'exécution des lois concernant les mines, usines et salines (An XI-1803) ; The New Pocket Dictionary, of the english and spanish languages (An XI-1803), par C. M. Gattel ; Dictionnaire abrégé de botanique (An XI-1803), par J. C. Philibert ; Des maladies qui ont régné à Malte pendant le blocus de l'An VII et VIII, et observations de chirurgie (An XI-1803), par Jean-Pierre Fauverge ;  Traité de la culture des arbres fruitiers (An XI-1803), par W. Forsyth, traduit de l'anglais par J. P. Pictet-Mallet ; Hippocrate. Traité des airs, des eaux et des lieux (An XII-1804), par D. L. V. D. M. ; Le Danger des souvenirs (1805, 2 vol.), par J.-V. de La Croix ; 


Mémoires d'un voyageur qui se repose (1806, 3 vol.), par Dutens ; 

Lettres de Madame de Sévigné (t. I, frontispice)

Lettres de Madame de Sévigné à sa fille et à ses amis (1806, 8 vol.) ; Voyage en Crimée et sur les bords de la Mer Noire (1806), par J. Reuilly ; Code civil, ou Recueil des lois qui le composent (An XIV-1806, 6 vol.) ; Recueil de cartes géographiques, plans, vues et médailles de l'ancienne Grèce, relatifs au voyage du jeune Anacharsis (1807) ; Nouveau dictionnaire de poche, françois-italien, et italien-français (1807, 2 vol.), par Joseph Martinelli ; Les Aventures de Télémaque (1807, 2 vol.), par François Salignac de La Mothe-Fénélon ; Éloge de Chrétien-Guillaume Lamoignon-Malesherbes, ancien ministre d'État (1808), par Pierre Chas ; 


Description du Tibet (1808), traduit de l'allemand par J. Reuilly ; La Nouvelle Héloïse, ou Lettres de deux amants (1808, 4 vol.), par J. J. Rousseau ; L'Iliade d'Homère, traduite du grec (1809, 2 vol.).

Martin Bossange fut un des premiers à ouvrir ou commanditer plusieurs succursales à l’étranger. Dès 1802, il avait cru pouvoir profiter de l'expédition du général Leclerc à Saint-Domingue [Haïti] pour fonder une librairie au Cap-Français [Cap-Haïtien], mais les Noirs s'étaient emparés de l'établissement, tandis que le gérant se sauvait à La Nouvelle-Orléans.

La même année, Bossange, Besson et Masson s’étaient plaints d’une contrefaçon, dans ce qui fut appelé « L’Affaire du Dictionnaire de l’Académie françoise ».


Mention en regard de la page de titre du tome I

Un jugement du 24 frimaire An XI [15 décembre 1802], rendu par le tribunal criminel du département de la Seine [Paris], avait décidé que les trois associés, spécialement autorisés par une loi à publier une nouvelle édition du Dictionnaire de l’Académie françoise [Dictionnaire de l’Académie françoise, revu, corrigé et augmenté par l’Académie elle-même. Cinquième édition. Paris, J. J. Smits et Ce, An VI-An VII, 2 vol. in-4] étaient néanmoins sans qualité pour exercer l’action en contrefaçon contre Nicolas Moutardier et Adrien Le Clère, qui, quatre ans après, avaient fait imprimer le même ouvrage, sous le même titre, en annonçant qu’il était augmenté de plus de vingt mille articles [Dictionnaire de l’Académie françoise. Nouvelle édition, augmentée de plus de vingt mille articles. Paris, Moutardier et Le Clère, germinal An X-1802, 2 vol. in-4]. Le second volume de l’édition du Dictionnaire de l’Académie françoise avait été tiré au nombre de 15.000 exemplaires par Smits, qui avait commencé son opération par l’impression du second volume ; mais ensuite les caractères se trouvant fatigués, et la disette du papier se faisant sentir, il avait tiré le premier volume à 7.000 seulement. Ce sont les feuilles de ce premier volume qui furent réimprimées par Bossange, Besson et Masson, sans quoi 8.000 exemplaires du second volume n’eussent pu être d’aucun usage. Il en est résulté un surcroît de dépenses pour les trois associés, une addition considérable au prix qu’ils avaient donné pour l’acquisition du Dictionnaire ; ce qui avait augmenté encore et rendu plus sensible le préjudice qu’ils reçurent de la part de Moutardier et Le Clère.  
Ce jugement a été cassé le 7 prairial An XI [27 mai 1803], et les parties renvoyées devant le tribunal criminel de Seine-et-Oise [Yvelines]. Là s’est élevée la question de savoir si la nouvelle édition publiée en l’An X par Moutardier et Le Clère était une contrefaçon de celle imprimée en l’An VII par Bossange, Besson et Masson, et si la plainte de ces derniers était fondée. Un jugement du 26 fructidor An XI [13 septembre 1803] prononça la négative.
Nouveau pourvoi en cassation de la part de Bossange, Besson et Masson, pour violation de la loi du 19 juillet 1793 [« Quiconque imprime et met en vente un ouvrage sans la permission formelle et par écrit de l’auteur de cet ouvrage, ou de ses ayant-droit, se rend coupable du délit de contrefaçon »], en ce que, tout en reconnaissant Moutardier et Le Clère pour auteurs d’un nouveau Dictionnaire de l’Académie qu’ils n’étaient pas autorisés à imprimer, le jugement attaqué refusait de leur appliquer les dispositions pénales de cette loi. Le 28 floréal An XII [18 mai 1804], le tribunal cassa et annula le jugement du tribunal criminel du département de Seine-et-Oise, du 26 fructidor An XI.

Veuf prématurément, Bossange épousa en secondes noces, le 26 vendémiaire an XI [1800 octobre 1802], en l’église de la Madeleine [VIIIe], Marie-Anne-Reine-Catherine Volland (1782-1852), qui lui donnera deux filles : Joséphine-Félicie-Zoé le 9 prairial An XIII [29 mai 1805], future épouse, en deuxièmes noces, du libraire Jean-Paul Méline (1798-1854), et Louise-Pauline le 25 août 1812, future épouse du libraire Xavier-Adolphe-Jules Jean (1806-1872), dit « Xavier ».

Constituant une dérogation au Blocus continental, le système de navigation sous licence, expérimenté en 1809, fut institutionnalisé par le décret de Saint-Cloud du 3 juillet 1810 : le gouvernement accorda le droit de faire entrer en France des denrées coloniales pour des valeurs égales aux marchandises françaises exportées. Bossange prit une très grande part à ces opérations :

« Seul ou associé avec des tiers, il chargea des quantités énormes de livres français sur des navires en destination pour l’autre côté de la Manche. Arrivés au milieu du canal, les ballots étaient jetés par-dessus bord ; les bâtiments arrivaient sur lest en Angleterre et revenaient chez nous chargés à mi-mât de denrées coloniales.
Les bénéfices de retour compensaient bien et au-delà la perte de la première cargaison [dont on disait que c’étaient des livres « ad usum delphinorum »]. Ces opérations, dont le résultat fut de détruire fructueusement les vieilles éditions qui encombraient les magasins de librairie, en eut un autre d’une plus grande portée, consistant à donner naissance à ces nombreuses et magnifiques réimpressions qui surgirent de toutes parts lorsque vint la Restauration. » [sic]
(Edmond Werdet. De la librairie française. Paris, E. Dentu, 1860, p. 170)

La même année 1810, après le départ de Besson, Bossange et Masson devinrent les libraires de Son Altesse Impériale et Royale Madame, Mère de Sa Majesté l'Empereur et Roi. Bossange obtint son brevet d’imprimeur en lettres le 1er avril 1811 et son brevet de libraire le 1er octobre 1812.
Bossange et Masson éditèrent : Jérusalem délivrée, poëme traduit de l'italien (1810, 2 vol.) ; Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des dialogues des morts (1811), par Fontenelle ; Histoire de Théodose le Grand (1811), par Fléchier ; El ingenioso hidalgo Don Quixote de la Mancha (1814, 7 vol.) ; Explication de Playfair sur la théorie de la Terre par Hutton (1815), traduit de l'anglais par C. A. Basset ; Théorie des peines et des récompenses (1818, 2 vol.), par Étienne Dumont ; Jérusalem délivrée, poëme traduit de l'italien (1818, 2 vol.).

Dès 1813, Hector Bossange fit son apprentissage à New York, où il apprit l’anglais, l’espagnol et le commerce international, puis s’installa à Montréal [Canada, province du Québec], où il exploita, de septembre 1815 à février 1819, la première librairie française au Canada : d’abord en face du Palais de Justice, puis rue Bonsecours, rue Saint-Vincent en 1817, rue Notre-Dame. 

Premier catalogue de la librairie d'Hector Bossange, à Montréal

Il fut associé à Denis-Benjamin Papineau (1789-1854), alors administrateur de la seigneurie de La Petite-Nation [Montebello, Canada, province du Québec]. Dans la librairie, les livres côtoyaient divers produits européens de luxe, dragées, pommades, chaussures, dentelles, corsets. Le 14 octobre 1816, Hector Bossange épousa Maria-Julie Fabre, née à Montréal le 15 juin 1796. En 1819, il céda la librairie à Théophile Dufort, qui la revendra quatre ans plus tard à Édouard-Raymond Fabre (1799-1854), son beau-frère.


Son frère, Adolphe Bossange, fit son apprentissage à Londres de 1816 à 1819, chez Pierre Barthès (1793-1865), son cousin germain qui, associé avec Joseph-Cockin Lowell (1793-1859), dirigeait les dépôts de livres français que Bossange et Masson avaient établis, avec Pierre Leblanc, au 14 Great Marlborough Street, en 1814.

De retour à Paris, Adolphe et Hector obtinrent leur brevet de libraire, respectivement les 14 et 15 mars 1820, et ouvrirent, sous le nom de « Bossange frères », une librairie 60 rue Saint-André-des-Arts [VIe], transférée en 1821 au 12 rue de Seine [VIe].
Ils éditèrent les Œuvres complètes de C.-F. Volney, comte et pair de France, membre de l’Académie française (Paris, Bossange frères, 1821, 8 vol.), précédées de la vie de l’auteur par Adolphe Bossange.

En 1822, Adolphe épousa Jeanne Lebatard (1795-1843) : le couple n’aura pas d’enfant. Les deux frères se séparèrent en 1826 : Hector s’installa au 11 quai Voltaire [VIIe], Adolphe au 22 rue Cassette [VIe].

De Jules Bossange, on ne connaît guère que son installation au 35 rue Neuve-des-Petits-Champs [IIe] en 1821, et son association la même année avec Tenon, 10 rue des Poitevins [VIe], probablement Jacques-André Tenon († 1839), qui sera au 30 rue Hautefeuille [ancien Collège des Prémontrés] de 1825 à 1828. 

Martin Bossange se sépara de Masson en 1819, vendit l’hôtel de Brancas à Antoine-Augustin Renouard (1765-1853) en 1821, après avoir édité les Œuvres de d'Alembert (1821-1822, avec A. Belin, 6 vol.).  

L'arcade Colbert, vue de la rue Colbert vers la rue de Richelieu
(L'Illustration, n° 1.323, vol. LII, samedi 4 juillet 1868, p. 56) 
Entrée de l'hôtel de Nevers, 12 rue Colbert (aujourd'hui)

Dès 1822, il s’installa 60 rue de Richelieu [IIe], près l'arcade Colbert [détruite en 1868], dans l’ancien hôtel de Talaru [détruit en 1914], où il succéda à Louis Nourrit (1780-1831), ténor comme son fils. Il y fit une superbe galerie du jardin, appelée « Galerie Bossange » :

« Et d’abord vous entrez dans une vaste salle carrée avec d’immenses tablettes qui s’élèvent jusqu’au plafond. Dans cette salle et dans celle qui suit, règne à diverses hauteurs, légèrement habillée de ses couvertures imprimées et dans le négligé du brochage, ce qu’on peut nommer la librairie courante, usuelle. Là Bossuet, Montesquieu, Racine, Corneille, Pascal, Molière, La Fontaine, Rousseau, et l’immense Voltaire, tout le dix-septième et le dix-huitième siècle rangés côte à côte, attendent les ordres de sa maison de Leipzig ou de ses correspondants d’Angleterre, d’Italie, d’Espagne, de Russie, d’Allemagne et des Étas-Unis. […]
De ces deux salles (nous sommes toujours chez M. Bossange), nous passons à un troisième magasin. Vous y lisez en lettres romaines placées en frontispice sur la porte d'entrée : Librairie espagnole. A cette annonce, vos yeux parcourent ce vaste amas de livres avec une surprise curieuse, mais la surprise augmente encore lorsqu’au lieu de ces noms sonores et castillans que vous cherchez de tous côtés, vous trouvez les noms de tout à l’heure, tous les noms français avec le mot traducido à la suite de chacun d’eux, mot triste et mendiant, qui se drape dans sa misère littéraire, comme l’Espagnol dans ses guenilles. Et puis à travers Bernardin de Saint-Pierre, Fénelon, Ségur et Lesage, peintre si original dont les modèles ne connaissent que la copie, entre Châteaubriand et Benjamin Constant, vous lisez de loin à loin les vieux noms de Lope de Vega, de Calderon, ceux de Rojas, Solis, avec leurs innombrables canevas dramatiques, puis Cervantes, et son Hidalgo ingenioso, comme il appelle Don Quichotte, puis Moratin et Herrera ; et, pour représenter tout le siècle actuel, Martinez de la Rosa, dont la vie politique le recommande plus peut-être que ses œuvres, et Melendez, Florian espagnol, qui en est encore à la poésie des prairies et des tourtereaux. […]
Mais à côté de ces auteurs à œuvres régulières et littéraires, voici des masses de chroniques élaborées à l’ombre des cloîtres. […] Ceci c’est la librairie d’importation et de transit à la fois ; car, après avoir posé à Paris, tous ces livres courent à Mexico, et vont se répandre sur ce nouveau monde, s’arrêtant avec la conquête espagnole, murmurant au bord du désert les grandes actions du vieux monde et ses idées de civilisation. […]
Quittons cette terre étrangère ; entrons dans les salons de la librairie : c’est un beau jour, il descend d’un toit vitré, il s’épand dans une longue galerie coupée de panneaux à glaces, rayée de tablettes étincelantes d’or, de maroquins jaunes, violets, rouges ; de titres arabesques, gothiques, romains. C’est un jour de gala ; tous les habits dorés sont dehors. Ici, l’œuvre compte pour rien ; ici, peu importe que l’auteur s’appelle Molière ou Lachaussée, Corneille ou Campistron ; la suprématie appartient à l’habit ; ici, Thouvenin distribue les places, Simier donne les grades, Muller et Vogel font les supériorités ; là, Pascal rivalise de coquetterie et de nervures avec Boufflers ; l’économe Sully resplendit de barriolages [sic], et M. Thiers est grand et doré comme un tambour-major. Padeloup, qui fut grondé par madame de Sévigné, pour un méplat gâté dans la reliure des Pensées de Larochefoucauld, et Derome, qui fut presque renvoyé par madame Dubarry, pour un filet impur sur une Pucelle de Voltaire, Padeloup et Derome, ces deux grands artistes du carton et de la basane, sont surpassés et vaincus. S’il y avait encore des Turcarets, c’est dans cette galerie qu’ils achèteraient leurs livres. Ce qui remplace aujourd’hui les traitants dans ce commerce, ce sont les fêtes, les anniversaires, les premiers jours de l’an. C’est à cette source que se puisent les beaux cadeaux des pères à leurs enfants, des grands seigneurs aux gens qui savent lire, et des princes aux académies. Ce qui surtout resplendit parmi ces livres à larges galons, ce sont les heures et les missels. Un jour de mariage, on donne à sa future un livre de messe odorant, soyeux, magnifique, fermé d’or par Odiot, avec un portrait de la vierge, et ce portrait ressemble à la fiancée. […]
Au bout de cette longue et splendide galerie, entrons à droite ; c’est encore une vaste salle, mais simple, mais grave, mais consciencieuse. Ici l’Angleterre et l’Allemagne se disputent le terrain : l’ Angleterre et ses éditions compactes ; l’Allemagne et ses livres si diffus : là, Milton, Shakespeare et Biron deviennent des auteurs microscopiques ; là, Goëthe et Schiller s’étendent en in-octavo sans fin ; là, se montrent sur le papier de Chine les imperceptibles gravures sur acier de l’Angleterre, merveilleux dessins que la fée Mab a tracés du bout de son doigt ; là, s’étalent les 220 gravures sur pierre de l’immense atlas de l’Europe de Woerl, dédié à S. M. Louis-Philippe, par l’éditeur Herder de Fribourg ; l’atlas des batailles, combats et sièges, par le major de Kausler, en 200 feuilles ; celui du cours du Rhin, en 20 feuilles, chef-d’œuvre de lithographie. […] Après cette pièce si soigneusement époussetée et si sévèrement entretenue, quels sont, dans ce taudis, tous ces amas de livres en feuilles à la barbe jeune et enfumée, ou vieillement reliés ? Lisez l’étiquette passée dans la ficelle des ballots, et vous retrouverez les noms de Durand, et son Histoire du droit canon ; voici Pothier et tout son commentaire ; d’Aguesseau et le livre qu’il composa dans sa salle à manger, en attendant sa femme qui donnait un dernier coup de main à sa perruque et à ses mouches ; ceci, c’est la Coutume de Paris ; cela, c’est Ulpien, qui fit les Institutes, et plaça Théodora, la maîtresse du comédien Hécébole, sur le trône des Césars, malgré le sénat et la loi sur les courtisanes. Où vont tous ces morts ? où va Patru, où va Cujas ? C’est le Canada qui les demande ; le Canada régi par notre vieux droit français, qui n’est que le vieux droit romain. Québec et Montréal les distribueront à tous leurs habitants, avec la permission des moines, pourvu qu’on glisse pour eux, en maculatures ou enveloppes, quelques exemplaires de la Guerre des Dieux, de Jacques le fataliste, du Canapé ou du Parfait Cuisinier. […]
Et maintenant si vous n’avez jamais frissonné de plaisir à la vue d’une figurine de Cérès heurtée dans un champ par les charrues sans roues des paysans narbonnais ; si le sacristain de la cathédrale de Gap vous a permis de coiffer le casque du maréchal de Tallard, et que vous n’en ayez pas pleuré de joie ; si vous n’avez jamais été tenté de voler la bague de votre ami, parce qu’elle représente un Asdrubal avec la boucle d’oreille carthaginoise, ne me suivez pas dans le sanctuaire où je vais entrer : Odi profanum vulgus et arceo. Mais vous vous dites amateur ? Je veux le croire. Déployez donc sur ce vaste pupitre ce vaste Antiphonarium à l’usage des chanoines réguliers de Sainte-Croix. N’en tournez pas si vite les immenses feuillets de vélin ; voyez serpenter ces miniatures déliées, étincelantes, capricieuses ; voyez ces singes insolents, ces oiseaux splendides, ces roses pourpres et ces filets d’or vagabonds, arabesques plus suaves que les plus légères dentelures de l’Alhambra. Vous ne jetez qu’un regard à ce D capital ; un moine a passé deux ans à le peindre. Venez donc à ce ceremoniale romanum ; l’évêque Calderini mit en gage les vases sacrés de son église chez un Juif de Ceneta pour faire achever ce magnifique manuscrit. Celui-ci relié en vert, c’est l’Ordo breviarii Romani : ne le touchez qu’avec respect, il sort du Vatican, il a été béni par le pape […].
En allant de ces manuscrits colosses à ces colosses imprimés, faites un pas vers ces roses de Redouté : prenez garde, cet exemplaire a été colorié et signé par l’auteur ; il est d’un prix inestimable. Ces neuf volumes in-folio avec leurs dos de maroquin rouge, c’est Shakespeare, c’est l’édition monumentale de Stevens. A ce texte si pompeusement imprimé, l’admiration anglaise a joint cent quatre-vingt-treize gravures, toutes puisées dans les drames du poète ; cent quatre-vingt-treize gravures sur grand Jésus, où ont été dépensées pour chacune, la composition d'un vaste tableau et l’admirable et patiente gravure des premiers artistes anglais ! hommage magnifique que Shakespeare a obtenu avec une place à Westminster et qu’attend Molière dans sa tombe de cent écus. Mais ce que l’impression et la miniature ont produit sans-doute de plus prodigieux, c’est cet exemplaire du couronnement de George IV. Toutes les figures y sont des portraits, tous les costumes d’une fidélité scrupuleuse ; chaque lettre est en or ; il a fallu faire une machine pour imprimer ce texte, du papier particulier pour le recevoir. Le portrait du duc Devonshire, peint sur satin, repose sous ses armoiries incrustées de rubis et de perles fines par un procédé nouveau. C’est un livre de rois ou de banquiers anglais ; il est bien beau pour la France d’en posséder un exemplaire. Ceci est la librairie d’art, la librairie des bibliomanes, la librairie passionnée, la sainte et religieuse librairie. »
(Frédéric Soulié. « La Librairie à Paris ». In Paris, ou le Livre des cent-et-un (Paris, Ladvocat, 1832, t. IX, p. 308-317)

Etiquette de Martin Bossange (photo. Bertrand Hugonnard-Roche)

Bossange y forma une Société littéraire baptisée le « Musée encyclopédique », où eurent lieu des lectures d’ouvrages inédits et des conférences sur des objets scientifiques ou littéraires :

« MUSÉE ENCYCLOPÉDIQUE
ÉTABLI À LA GALERIE
DE BOSSANGE PÈRE,
A Paris, Rue de Richelieu, No. 60, près l'Arcade Colbert.

DEPUIS longtemps on a senti la nécessité, dans la plupart des grandes villes de l'Europe, d'ouvrir aux savants, aux hommes de lettres, aux artistes, aux voyageurs distingués, des lieux de réunion où ils pussent former des liens de bienveillance mutuelle, aussi doux pour ceux qu'ils unissent, qu'utiles aux progrès des sciences elles-mêmes, où ils trouvassent, dans une nombreuse collection d'ouvrages périodiques, une lecture intéressante et variée ; où enfin il leur fût facile de se tenir au courant de toutes les productions de l'esprit humain, tant dans leur propre pays que chez les autres nations.
L'Athénée royal et la Société royale des Bonnes-Lettres de Paris, le Club des étrangers et l'Institution royale à Londres, le Cercle des négocians et le Cercle des nobles à Vienne, en Autriche, le vaste et beau Casino de Francfort-sur-le-Mein, la Société de lecture à Genève, l'Institution connue à Amsterdam sous le nom de Felix meritis, remplissent en partie cette intention. Mais ces divers établissemens, entretenus par des souscriptions, sont obligés de régler leur dépense sur leur recette, considération qui limite le nombre des ouvrages qu'ils peuvent acquérir, et ferme au mérite indigent l'entrée de ces réunions.
Fondé sur un autre plan, le Musée Encyclopédique sera ouvert à tous les genres de mérite, et aux besoins de tous les genres ; dans l'intérêt des lettres, des sciences et des arts, c'est un centre, c'est un foyer de communication où l'homme qui les aime sera certain de rencontrer l'homme qui les cultive. Il fait partie d'une grande et active librairie, qui, sans exiger aucune rétribution, l'établit et l'accroît chaque jour par ses propres moyens.
La collection des feuilles périodiques et des nouveautés remarquables qui paraîtront, tant en France que chez l'étranger, s'y trouvera aussi complète qu'on pourra le désirer.
Le local est vaste, commode et agréable. Il se compose d'une belle galerie, et de deux grands salons à droite et à gauche, qui ont chacun une issue sur un jardin. Situé dans le quartier le plus fréquenté de Paris, il est cependant assez éloigné de la voie publique pour qu'on y jouisse de toute la tranquillité nécessaire à la lecture et à la réflexion.
Demander à être admis au Musée, ce sera prendre l'engagement tacite, mais formel, de s'y interdire toute discussion politique, de se borner à s'y occuper de tout ce qui se publie sur la philosophie, les sciences, les lettres et les arts. On sentira facilement qu'un établissement de ce genre ne peut être qu'un lieu d'étude, où se réunissent fortuitement des hommes sages et paisibles de toutes les nations, qui n'ont qu'un but, celui de s'instruire.
MM. les auteurs pourront faire quelquefois au Musée des lectures d'ouvrages inédits, ou des conférences particulières sur des matières purement littéraires et scientifiques.
Les plus heureux auspices semblent présider à l'ouverture du Musée Encyclopédique. Un nouveau règne commence et remplit d'espoir tous les Français.
Un Prince auguste donne une nouvelle preuve de son amour pour les sciences, les lettres et les arts, en prenant sous sa protection un établissement dont la principale destination est de favoriser leurs progrès.
Les artistes, les fonctionnaires publics, les personnes honorablement connues, pourront, sur leur demande, obtenir leur admission au Musée. Il sera délivré, sans frais, des cartes d'entrée perpétuelle ou temporaire, signées de M. Bossange père. Ces cartes seront personnelles.
MM. les auteurs et éditeurs de la France et des pays étrangers sont invités à faire parvenir, franc de port, au Musée Encyclopédique, un exemplaire des ouvrages qu'ils publieront. Les communiquer aux personnes auxquelles cet établissement est ouvert, c'est assurer à ces ouvrages une publicité qui manque souvent aux livres étrangers.
Ces exemplaires seront remis à leurs propriétaires, aussitôt qu'ils les réclameront, ou vendus à leur compte, s'ils le désirent.
MM. les étrangers devront se faire présenter par leurs correspondants pour obtenir leur entrée, ou, s'adresser chez Martin Bossange et Co. 14, Great Marlborough Street, à Londres, qui delivreront des cartes d'entrée gratis aux personnes qui leur seront connues. » [sic]
(In The Quarterly Review. London, John Murray, 1825, vol. XXXII, p. [338])

Bossange était devenu le libraire de Son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc d’Orléans.
Il édita : Histoire de l'empire de Russie (1819-1826, 11 vol.), par Karamsin, traduite par St.-Thomas, Jauffret et Divoff ; Cours élémentaire de teinture sur laine, soie, lin, chanvre et coton, et sur l'art d'imprimer les toiles (1823), par J.-B. Vitalis ; Traduction nouvelle en vers de l'Enfer du Dante (1823), par Brait Delamathe ; Essai sur l'histoire de la peinture en Italie (1823, 2 vol.), par le comte Grégoire Orloff ; La Henriade, avec un commentaire classique (1823), par Fontanier ; Napoléon et ses contemporains (1824), suite de gravures avec texte, par Auguste de Chambure ; Analyse historique de l'établissement du Crédit public en France (Avril 1824), par Vital Roux ; Étude du Crédit public et des dettes publiques (1824), par L. C. A. Dufresne St-Léon ; De la religion (1824, avec Treuttel et Wurtz, Rey et Gravier, Renouard, Ponthieu, tome I), par Benjamin Constant ; Choix des quarante plus belles fleurs, tirées du grand ouvrage des Liliacées peintes par P.-J. Redouté (1824, avec Rey et Gravier) ; Code des émigrés (1825, avec Ponthieu, Mongie, Petit), par P. L. Le Caron ; Opinions littéraires, philosophiques et industrielles (1825) ; Calliope, ou Traité sur la véritable prononciation de la langue grecque (1825, avec Treuttel et Wurtz), par C. Minoïde Minas ; Dictionnaire de l'Académie françoise, revu, corrigé et augmenté par l'Académie elle-même. Cinquième édition (1825, 2 vol.) ; Fables (1829), par A. Naudet ; The New Universal Dictionary, english and french, and french and english (1832, 2 vol.), par John Garner.

Edition de la succursale de Mexico

Après Cap-Haïtien (1801), New York (1813), Londres (1814) et Montréal (1815), des succursales furent installées à Madrid, à Naples, à Leipzig [Reichs Strasse], Odessa, Mexico et Rio de Janeiro. D’autres relations commerciales s’installèrent avec Gorizia, le Guatemala, Lima, Pise, Trieste, Valence et Vilnius.
Les fils de Bossange participèrent à l’extension du réseau international, qui s’étendra jusqu’à Amsterdam, Anvers, Baden-Baden, Baltimore, Berlin, Boston, Bruxelles, Buenos Aires, Coblence, Cologne, Copenhague, Düsseldorf, Florence, Francfort, Gênes, Heidelberg, Helsinki, La Havane, La Haye, Liège, Mayence, Milan, Modène, Montevideo, Moscou, Pest, Presbourg, Saint-Pétersbourg, Stockholm, Turin, Uppsala, Varsovie, Vienne, Wroclaw, Zurich.  

Entre 1820 et 1830, les Bossange ont donc joué un rôle primordial dans la connaissance des ouvrages en langues étrangères en France et dans l’extension de la réputation des libraires français à l’étranger.   

Mais après la surproduction des années 1820-1826 et la fermeture de plusieurs pays européens à l’importation de livres français, auxquelles s’ajoutait la contrefaçon belge, la librairie connut une crise marquée par d’impressionnantes faillites, dont celles des Bossange, malgré leur association avec certains de leurs confrères et le soutien du banquier Jacques Laffitte (1767-1844), ami de la famille : Adolphe le 9 juin 1830, Martin le 8 décembre suivant, Hector le 10 mars 1831.

Adolphe Bossange abandonna la librairie pour la littérature. 

Le Théâtre des Nouveautés en 1831

Dès 1829, il avait pris la direction du Théâtre des Nouveautés, 27 rue Vivienne [IIe, détruit en 1869], vis-à-vis de la Bourse, avec le journaliste Victor Bohain (1805-1856), qu’il poursuivit jusqu’à sa fermeture en 1832. Connu sous le pseudonyme de « Nemo », il devint rédacteur pendant une dizaine d’années à la Gazette de France, où il écrivit des chroniques intitulées « Lettres à ma voisine », qui parurent en feuilletons. Il écrivit en outre un volume devenu rare, Des crimes, et des peines capitales (Paris, Charles Lemesle, 1832), et signa deux drames en prose, avec Frédéric Soulié (1800-1847) : Clotilde (Paris, J.-N. Barba, 1832) et La Famille de Lusigny (Paris, Charles Lemesle, 1832). Tandis qu’il poursuivait une liaison avec Louise-Élizabeth Debieffe, puis avec l’actrice Virginie Déjazet (1798-1875), Frédéric Soulié devenait l’amant de sa première femme, Jeanne Lebatard. À partir de 1847, il exerça les fonctions de secrétaire général de la Compagnie des chemins de fer de l’Est. Une longue et douloureuse maladie de cœur le força à se retirer dans sa propriété de Maisons-sur-Seine [Maisons-Laffitte, Yvelines], avenue Voltaire, où il mourut le 18 janvier 1862, veuf de Louise-Juliette Galand (1803-1852), qu’il avait épousée en 1843, après dix ans de concubinage.



Martin Bossange se replia sur Leipzig, où il fonda une revue hebdomadaire illustrée à bon marché qui eut beaucoup de succès, intitulée Das Pfennig-Magazin : le premier numéro parut le 4 mai 1833.
On lui doit des brochures relatives au prêt sur nantissement fait par le gouvernement à la librairie :  Courtes observations de M. Bossange père, à MM. Les membres de la Chambre des députés, relatives au prêt sur nantissement fait à la librairie par le gouvernement (s. d.) ; Nouvelles observations de M. Bossange père, relatives au prêt fait à la librairie ; suivies du catalogue des livres donnés en nantissement (Paris, Firmin Didot frères, 1833).


Avec Jacques-Joseph Techener (1802-1873), il rédigea le Catalogue de la riche bibliothèque de Rosny, dans laquelle se trouvent les grands et beaux ouvrages a figures, tant anciens que modernes, publiés en France, en Angleterre et en Italie, dont plusieurs sur peau de vélin, avec les dessins originaux (exemplaires uniques) ; une collection de quatre-vingt-six manuscrits très précieux et de la plus haute antiquité ; des autographes anciens, gravures et médailles modernes ; armes et armures anciennes, ayant appartenu au duc de Sully ; antiquités provenant des fouilles de Pompei [sic] (Paris, Bossange père et Techener, s.d. [1836], in-8, VIII-264 p., 2.578 lots pour les livres et les lettres autographes + 74 lots pour les estampes modernes + médailles + armes et armures anciennes + bronzes antiques + verroteries antiques + objets divers), de la duchesse de Berry, vendue en 28 vacations, du lundi 20 février au jeudi 23 mars 1837, dans une salle de la Galerie Bossange.
Il quitta alors les affaires : la Galerie Bossange fut reprise par les Allemands Friedrich Brockhaus (1800-1865) et Eduard Avenarius (1809-1885), tous deux beaux-frères du compositeur Richard Wagner (1813-1883), qui y installèrent leur Librairie et grand salon littéraire allemand-français. 

Bureau de Rédaction de L'Illustration dans l'ancienne Galerie Bossange
(L'Illustration, N° 53, vol. III, samedi 2 mars 1844, p. 9)

En 1844, L’Illustration, la Librairie Dubochet et Ce et la Librairie Paulin furent transférées dans l’ancienne Galerie Bossange père.
Du 26 janvier au 3 février 1852, en 8 vacations, eut lieu, 1 rue de Lille, la vente des livres de la Galerie Bossange : Catalogue des livres qui composaient la librairie ou qui faisaient partie de la belle galerie de M. Bossange père, rue de Richelieu (Paris, Delion, in-8).


Martin Bossange rédigea encore le Catalogue des livres anciens et modernes composant la bibliothèque de MME la maréchale Lannes, duchesse de Montebello (Paris, Bossange père et J. Techener, 1857, in-8, [3]-[1 bl.]-67 p., 627 + 6 bis lots), dont la vente eut lieu en l’hôtel de la duchesse, 73 rue de Varennes, du lundi 27 avril au vendredi 1er mai 1857, en 5 vacations.
Il mourut le 24 octobre 1865, en son domicile, 18 rue de Miromesnil [VIIIe], et fut inhumé au cimetière du Père Lachaise.


Hector Bossange continuait à envoyer gratuitement à ses correspondants son mensuel Bulletin bibliographique, qu’il publiait depuis 1830 et qui donnait la liste des ouvrages nouveaux publiés en France.
En avril 1830, il avait fondé avec Jules Renouard, libraire 6 rue de Tournon, une « Librairie des étrangers », 55 rue Neuve-Saint-Augustin, au coin de la rue de la Paix, et choisit le publiciste anglais George-Geary Bennis (1793-1866) pour gérer cet établissement jusqu’en 1836 : cette librairie a été décrite par un fidèle des soirées de Nodier, Antoine Fontaney (1803-1837), dans « Une séance dans un cabinet de lecture » (In Paris, ou Le Livre des cent-et-un. Paris, Ladvocat, 1832, t. IX, p. 227 et suiv.).
Ayant bénéficié d’un prêt du gouvernement, il poursuivit ses affaires commerciales. Dans son Opinion nouvelle sur la propriété littéraire (Paris, Rignoux, 1836), il se déclara partisan du droit de réimpression, moyennant une rétribution perpétuelle en faveur des auteurs et de leurs ayants droit, mais dix ans seulement après la première édition d’un ouvrage.   
À partir de 1837, il poursuivit les activités de son père à Paris : 11 quai Voltaire jusqu’en 1846, puis 21 bis quai Voltaire et enfin 25 quai Voltaire à partir de 1850. Convaincu qu’il manquait une nomenclature méthodique et à peu près complète des titres des ouvrages les plus recherchés par les libraires étrangers, 


il publia un Catalogue de livres français, anglais, italiens, allemands, portugais, espagnols, orientaux, grecs et latins, etc., etc., etc. Suivi de prix courants (1845) qui, avec ses « Suppléments » successifs, comprit 30.839 articles.
En 1851, il ouvrit à Québec, 12 rue Buade, vis-à-vis le presbytère, une succursale de sa librairie parisienne, sous le nom de « Bossange, Morel & Cie ».
Le 1er mai 1854, il établit une Société avec son fils Pierre-Gustave Bossange, né à Paris le 1er janvier 1836, sous la raison sociale « Hector Bossange et fils », pour exploiter le fonds de commission en librairie du 25 quai Voltaire. L’année suivante, Hector Bossange publia Ma bibliothèque française (Paris, Hector Bossange et fils, 1855) :

« Ce n’est pas un livre, ce n’est même pas un catalogue, c’est tout simplement un recueil de renseignements à l’usage de mes amis d’Amérique. […]
Quelque petit que soit ce volume, il offre pourtant une nomenclature de plus de 1100 ouvrages formant environ 7,000 volumes. » (p. I-VII)

Edouard Bossange (1820-1900)

Son autre fils, Martin-Édouard-Adolphe Bossange, né à Paris le 22 août 1820, avait fait fortune aux États-Unis dans des spéculations immobilières et épousé, le 25 septembre 1845, à Terrebonne [Canada, province du Québec], ville de la banlieue nord de Montréal, Marie-Adélaïde-Élodie Masson, née à Montréal le 15 juillet 1824, fille d’un riche industriel. 

Château de Citry

Château de Meung-sur-Loire : façade Est (XIII-XVIe s.)
Château de Meung-sur-Loire : façade Ouest (XVIIIe s.)

Grâce à ce mariage, il put se retirer des affaires, rentrer en France en 1855 et acquérir le château de Citry [Seine-et-Marne], avant de le revendre à son père pour acquérir celui de Meung-sur-Loire [Loiret], le 24 novembre 1859.

Le 26 avril 1862, Hector Bossange céda son brevet de libraire à son fils Gustave, puis se retira, avec sa femme, Julie Fabre, au château de Citry.

En 1871, Gustave Bossange déménagea la librairie du quai Voltaire au 16 rue du 4 Septembre [IIe], à mi-chemin entre la Bourse, place de la Bourse [IIe] et le Grand-Hôtel, boulevard des Capucines [IXe] : tous les journaux canadiens s’y trouvaient dans une « chambre de lecture ». 


L’année suivante, il devint en outre agent d’émigration du gouvernement canadien à Paris. En 1879, après de mauvaises affaires, il rétrocéda son brevet de libraire à son frère Oscar-Edmond-Léopold Bossange, né à Paris le 17 août 1822, veuf de Sarah-Émeline Appleton, née à New York et décédée à Paris le 5 février 1861, remarié le 5 mars 1868 à Joséphine-Estelle Aubry, née à Pommerieux [Mayenne] le 22 avril 1837.

Hector Bossange (1795-1884)

Hector Bossange et sa femme, Julie Fabre, célébrèrent le soixantième anniversaire de leur mariage [noces de diamant], le 14 octobre 1876, au château de Citry. Le chantre de cette fête fut un ancien libraire et poète de Québec, Octave Crémazie (1827-1879), qui avait été accueilli au château, ayant fui le Canada sous le nom de « Jules Fontaine », pour échapper à ses créanciers ; il adressa au couple cette stance, qui se termine par une périphrase sur le livre français :

« Comme ils sont bien remplis ces nobles douze lustres !
Le travail incessant, les amitiés illustres
Qui, dès vos premiers pas, vous ont tendu les mains ;
Les voyages nombreux aux bords du nouveau monde,
Où vous alliez porter la semence féconde
De cet esprit français, le charmeur des humains ; »

Le caveau Bossange au cimetière de Meung-sur-Loire


Après le décès de Julie Fabre à Citry, le 2 août 1883, Hector Bossange s’installa chez son fils Édouard à Meung-sur-Loire, où il mourut le 10 janvier 1884 : il fut inhumé au cimetière de Meung-sur-Loire. Après le décès de Marie Masson, à Meung-sur-Loire le 17 février 1891, sa fille Marie-Julie, née à Terrebonne le 30 juillet 1852, et Jean-Luizy-Robert Lesourd (1846-1909), qui s’étaient mariés le 27 août 1874, s’installèrent au château, dont ils héritèrent après la mort de Édouard Bossange, à Meung-sur-Loire, le 8 janvier 1900 : celui-ci fut inhumé au cimetière de Meung-sur-Loire. Gustave Bossange mourut à New-York le 2 mars 1900.












































































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