mercredi 5 novembre 2014

Henri Beraldi : « Le nombre est peu, le choix est tout. »



D’une famille originaire de Pesaro, dans les Marches [Italie], Angelo-Ferdinand Beraldi, dit « Henri Beraldi » 


4 rue de l’Arcade [VIIIe]

[à partir de 1880, sauf à l’État civil] naquit à Paris, le 6 février 1849, 4 rue de l’Arcade [VIIIe], de Suzanne-Mathilde Mazzoli (1823-1909) et de Pierre-Louis Beraldi (1821-1903), commis au Ministère de la Marine [retraité, il devint sénateur du département de l’Aude de 1876 à 1885].

En dépit de toutes les conjectures, son nom doit s’écrire sans accent aigu sur le « e » : venant d’Italie, son grand-père, naturalisé français, avait francisé son nom en arrivant à la Martinique en 1802 ; son père conserva son nom francisé ; Henri Beraldi a voulu reprendre son patronyme d’origine.
Son parrain, Angelo-Ferdinand Mazzoli (1821-1893), illustrateur des rues et des monuments de Toulouse, où sa famille s’était installée en 1832, était son oncle maternel. La famille de sa grand-mère paternelle, née Majorel, était originaire de Castelnaudary [Aude] et avait acheté le château de Montauriol, à 13 km. de la ville.

D’abord élève au lycée Bonaparte [aujourd’hui lycée Condorcet, IXe], Beraldi fut, à partir de 1861, au lycée impérial de Toulouse [aujourd’hui lycée Pierre de Fermat], où il obtiendra son baccalauréat en 1865. Revenu l’année suivante chez ses parents, 68 rue Blanche à Paris [IXe], il fut nommé surnuméraire au Ministère de la Marine et des Colonies, et poursuivit des études de droit jusqu’à la licence, obtenue en 1869. Commis dans le même Ministère (1868), commis principal (1876), sous-chef de bureau (1882), il termina sa carrière en 1890 [et non en 1884 ou en 1886] comme chef de bureau ; il fut fait chevalier (1884), puis officier de la Légion d’honneur (1900).

Sinature de Beraldi
(Acte de mariage, 1880)

Il épousa, le 4 décembre 1880, à Paris [IXe], Cécile-Félicie-Jeanne-Mathilde Gavet (1857-1940), fille de Pierre-Auguste-Bienaimé Gavet (1824-1881), agent de change, et de Alexandrine-Félicie Bornot (1833-1886). Ils eurent cinq enfants : Pierre-Louis-Marie, né le 23 septembre 1881 à Paris [XVIe], Jacques, né le 12 juin 1884 à Boulogne-sur-Seine [Boulogne-Billancourt depuis 1926, Hauts-de-Seine], Cécile-Louise-Marie, André-Fernand-Marie et Hélène-Marie-Mathilde, nés à Paris [VIIIe], respectivement le 23 mai 1887, le 15 novembre 1889 et le 10 juillet 1891. 

10 avenue de Messine [VIIIe]

Il résida successivement : 86 boulevard Haussmann [VIIIe] en 1881, chalet de Longchamp (Bois de Boulogne) à Boulogne-sur-Seine en 1884, 65 rue d’Anjou [VIIIe] en 1887, 10 avenue de Messine [VIIIe] en 1894.

Beraldi acheta ses premiers volumes en 1872, chez Damascène Morgand, pour 1.500 francs : Œuvres Complètes de Voltaire (Paris, Antoine-Augustin Renouard, 1819-1825, 66 vol. in-8, demi-reliure à coins de Purgold).
C’est alors que voyant son fils entrer dans le collectionnisme et la bibliophilie, l’idée vint à son père de s’y mettre aussi, et de rechercher, de son côté, les portraits d’illustration :

« Chaque jour, pendant les instants que lui laissaient le ministère ou le Sénat, M. Beraldi, d’une activité dévorante, faisait les quais et rues voisines, allant de Danlos au timide Rapilly père, de Clément à la face de dogue à Mme Loizelet, fouillant chez Lechevalier, fouillant chez Tinardon, fouillant chez Gosselin, fouillant chez la mère Antony, livrant combat à Vignères le récalcitrant pour le décider à laisser compulser un de ses cartons, poussant une pointe chez Lacroix – d’abord rue du Cherche-Midi, ensuite quai Voltaire, où son magasin était toujours plein de dessins et d’estampes superbes, matière collectionnable qui, par sa profusion et son renouvellement, alors, donnaient l’illusion de ne jamais devoir s’épuiser ; – de là, rue de Rivoli chez Blaisot ; de là, pour renseignements et contrôle des pièces, au Cabinet des Estampes, où Pierre Vidal malicieusement croquait son profil ; de là, pour achat de quelque portrait-vignette de grand prix, chez le libraire Morgand, passage des Panoramas ; de là, chez Sieurin, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, pour conversation sur les portraits d’illustrations. Et les visites aux libraires voyageurs : Gouin rapportant de province ou de Hollande des lots inexplorés, et Bihn, d’Angleterre ou d’Allemagne, des gravures de l’école française et des portraits de femmes de l’école anglaise encore dédaignée – mais oui. Jules Bouillon, à l’air doux qui n’excluait pas la finesse, mettait de côté pour lui la fleur de ses marchés bourgeois. Que de fois n’avons-nous pas entendu prononcer cet arrêt sans appel : “ C’est mis de côté pour M. Beraldi ! ” Après quoi, chez le même Bouillon, commençait l’étude de la prochaine vente publique ; trois ou quatre amateurs, chacun examinant mystérieusement pour son compte, chacun assis à côté d’un des meubles en X et plongeant silencieusement dans un carton auquel il semblait se confesser ! D’ailleurs, notre collectionneur n’aimait pas les ventes publiques : la longue attente, l’aléa, l’incertitude du résultat, “ monter à l’arbre ”, les cahots et les surmenages des prix, l’outrance de certains ponteurs, tout lui déplaisait. Il aimait l’affaire certaine, et à prix loyalement demandé une bonne fois. »
(Baron Roger Portalis. « Une collection de portraits français ». In La Revue de l’art ancien et moderne. Paris, N° 72, mars 1903, p. 164)   

Coll. B. Hugonnard-Roche



Quelques années plus tard, Beraldi mit de l’ordre dans sa collection d’estampes et dans celle de son père, lors d’une vente qui se déroula dans une salle de l’hôtel Drouot, en trois vacations, du 1er au 3 mai 1879, et qui rapporta un peu plus de 8.000 francs : Catalogue d’une jolie collection de portraits pour illustrations […]. Estampes et vignettes. Œuvre de Moreau le jeune […] (Paris, Vignères, 1879, in-8, 63-[1] p., 791 lots).  


En 1880, il rejoignit, avec d’autres, le petit groupe d’amateurs – Jules Andrieux, Ernest Gallien, Camille Grellet, Ferdinand Lemaire et le vicomte Philippe de Saint-Albin –, qui se réunissaient depuis 1874, pour fonder légalement la Société des Amis des livres, sous la présidence d’Eugène Paillet (1829-1901), conseiller à la Cour  d’appel de Paris, auquel il succéda en 1901.

En 1887, il acheta une bonne partie de la bibliothèque que son maître, Eugène Paillet, avait vendue à Morgand :

Le Gascon puni
par Fragonard
pour 50.000 francs, il devint propriétaire de l’incomparable manuscrit calligraphié sur papier vélin des Contes de La Fontaine, en deux volumes in-4 reliés en maroquin rouge par Derome, contenant 57 dessins originaux à la sépia réalisés en 1773-1774 par Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), pour son mécène, Pierre-Jacques-Onézyme Bergeret de Grancourt (1715-1785), receveur général des finances de Montauban, pendant le voyage qu’ils firent en Italie ; 22 seulement furent gravés pour illustrer la fameuse édition des Contes publiée par Pierre Didot en 1795.

Le Gascon puni
par Martial
« Le Duc de Choiseul [Etienne-François de Choiseul (1719-1785)] avait fait faire pour les accompagner une belle copie manuscrite, dont les deux volumes en maroquin rouge, après avoir été longtemps dans les mains de M. Feuillet de Conches [Félix-Sébastien Feuillet de Conches (1798-1887)], passèrent ensuite dans la collection de M. Portalis [Roger Portalis (1841-1912)] et enfin dans celle de M. Eugène Paillet. C’est celui-ci qui a permis à M. Martial [Adolphe-Martial Potémont (1827-1883)] de les graver, et l’on ne saurait trop lui faire honneur de cette intelligente libéralité ; Fragonard y gagne singulièrement. »
(Anatole de Montaiglon. « Les Sources et les Illustrations des Contes ». In Contes de La Fontaine avec illustrations de Fragonard. Réimpression de l’édition de Didot, 1795. Paris, A. Le Vasseur, 1884, t. I, p. XXXIX-XL)



Beraldi devint également membre fondateur en 1889 de la Société des Bibliophiles contemporains, présidée par Octave Uzanne (1851-1931),



et de la Société Les Cent Bibliophiles, fondée en 1895 et présidée par Alfred Piat (1830-1896), notaire, puis par Eugène Rodrigues (1853-1928), avocat.

Sa bibliothèque devint l’une des grandes bibliothèques françaises de l’entre-deux guerres, avec celles de René Descamps-Scrive (1853-1924) et de Louis Barthou (1862-1934).
Il fut le premier à faire exécuter des reliures d’un goût contemporain, le premier à les mettre en valeur et à les faire adopter par les bibliophiles ; la reliure française moderne est sortie du mouvement qu’il a créé.

In Henri Beraldi. La Reliure du XIXe siècle
(Paris, L. Conquet, 1896, t. III, p. 230)


Pièce de cuir de couleur variable [ivoire, rouge, rose, bleu, jaune, marron], son ex-libris [32 x 23 mm.] porte, dans un encadrement, « Ex libris Henri Beraldi » ; celui de sa femme [25 x 20 mm.] porte, dans un encadrement, le chiffre « MHB » [Mathilde Henri Beraldi].



« M. Henri Beraldi, dans la première partie de sa carrière de bibliophile, où il a acheté des livres tout reliés, a employé un Ex-libris […], genre fer à dorer, puis, s’étant mis à faire relier et toujours en reliure doublée, il a fait apposer d’abord un petit monogramme H B sur la doublure, c’était un retour à la marque de provenance des anciens. Sur les livres écrits par lui, il a employé ce monogramme H B en le répétant inséré dans une dentelle intérieure.
Ce genre de monogramme a été aussitôt adopté par plusieurs bibliophiles, notamment par M. Robert Hoe. Postérieurement, M. Beraldi a fait apposer sur le bas des doublures et en toutes lettres la mention : Ex-libris Henri Beraldi ; c’est son Ex-libris actuel. »

(Archives de la Société française des Collectionneurs d’ex-libris. Paris, 1897, p. 41)

Beraldi fut l’auteur de nombreux travaux : L’Œuvre de Moreau le jeune (Paris, P. Rouquette, 1874, in-8, portrait gravé d’après Cochin, 200 ex.), sous le pseudonyme anagramme de Henri Draibel,




Charles-Étienne Gaucher, graveur (Paris, D. Morgand et C. Fatout, 1879, in-8, portrait), sous le même pseudonyme et avec le baron Roger Portalis,





Les Graveurs du dix-huitième siècle (Paris, D. Morgand et C. Fatout, 1880-1882, 3 vol. in-8), avec le baron Portalis,

Tome IX

et Les Graveurs du xixe siècle (Paris, L. Conquet, 1885-1892, 12 vol. in-8, 38 frontispices, sur pap. vélin et 75 ex. sur Hollande), où il proclame :

« Quant à la photogravure, il n’y a pas à en parler. Elle donne des indications de dessin utiles et exactes, mais, comme le dit Victor Hugo (non pas, il est vrai, à propos de gravure ; c’est de la pieuvre qu’il parle : il n’importe !) : “ Chose horrible : c’est mou ! ” En ce qui concerne particulièrement l’illustration des livres, elle doit être rigoureusement écartée ; un volume qui est orné de photogravures doit être proscrit de la bibliothèque de quiconque se proclame bibliophile. » (t. I, p. 69)

Dreweatts & Bloomsbury, 28 novembre 2013
Reliure signée David : £ 450


Dans La Reliure du xixe siècle (Paris, L. Conquet, 1895-1897, 4 vol. in-8, 285 gravures et 10 fac-similés d’autographes h.-t., 295 ex.), il affirme :

« Mais la bibliophilie ne s’apprend pas en allant à l’école : elle s’apprend en faisant des écoles, ce qui est bien différent. On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres. » (Quatrième partie, p. 16)


D’autres ouvrages furent consacrés à ses collections : Mes estampes (Lille, impr. L. Danel, 1884, in-8, 100 ex. sur papier teinté et 50 ex. sur Hollande ; id., 1887, seconde édition, 100 ex. sur Hollande), 




Bibliothèque d’un bibliophile (Lille, impr. L. Danel, 1885, in-8, 200 ex. sur Hollande), consacrée à l’admirable collection d’Eugène Paillet

Paris, Alde, 18 avril 2009
Reliure doublée de Mercier
Exemplaire Solacroup

et Estampes et livres  (Paris, L. Conquet, 1892, gr. in-8, front. et 41 pl., portrait de Cuzin en cul-de-lampe, 390  ex., 1 ex. sur Japon et 1 ex. sur Chine), où il précise :

« Le titre de bibliophile ne devient intéressant que s’il désigne un homme qui, dans la mesure de ses forces, soit un des facteurs actifs du maintien et du renouvellement des quatre arts : la Typographie, l’Illustration, la Gravure, la Reliure. »



Suivirent : Propos de bibliophile. Voyage d’un livre à travers la Bibliothèque nationale (Paris, G. Masson, 1893, in-4, 2 pl. h.-t., pap. ordinaire et 95 ex. sur Whatman), extrait de La Nature, 17 juin, 1er et 29 juillet, 16 septembre 1893,


Paris, Sotheby's, 19 novembre 2012
Reliure de Mercier
Exemplaire A. Bordes
et Propos de bibliophile. Gravure et lithographie. Reliure  (Lille, L. Danel, 1901, in-8, 60 ex.).

Beraldi se rendit presque chaque été dans les Pyrénées, qu’il a connues pendant ses années toulousaines, le plus souvent à Bagnères-de-Luchon [Haute-Garonne], où il résida d’abord à l’emblématique hôtel Sacaron [aujourd’hui Résidence Sacaron],


puis au château Champsaurel [aujourd’hui à vendre : 16 pièces, 10 chambres, 700 m2, 695.000 €]. Il effectua quelques ascensions, dont celle du pic d’Aneto, ou Néthou, le plus haut sommet de toutes les Pyrénées (3.404 m.), et fut l’inventeur du mot « pyrénéisme » en 1898. Il publia plusieurs ouvrages sur cette région, dont l’irremplaçable Cent ans aux Pyrénées (Lille, L. Danel, 1898-1904, 7 vol. in-8, 300 ex.). Les montagnards reconnaissants ont donné son nom, en 1905, à un pic, autrement appelé pic Eriste Norte (3.025 m.), dans le massif des Posets.

Pendant la Première Guerre mondiale, il fut un administrateur actif de l’hôpital de la Croix-Rouge, installé dans le lycée Louis-le-Grand, à Paris.

Vers la fin de sa vie, Beraldi organisa la vente de ses estampes, qui débuta à la galerie Georges Petit, rue de Sèze [IXe, aujourd’hui détruite] :

Catalogue des très belles estampes du xviiie siècle composant la collection de Monsieur H. B. (Paris, s. n., 1927, in-8, 80 p., 266 lots). 
Pour la première vacation du lundi 12 décembre 1927, des collectionneurs connus étaient présents : le baron Henri de Rothschild, Seymour de Ricci, Fix Massan, Vever, Docteur Braud, Trabucco, Mirault, Carteret, Lenseigne, Stern, Mathey, Stettiner, Lefrançois, Meynial, etc. Parmi les adjudications les plus brillantes : une admirable épreuve avant le titre de Le Couché de la mariée, gravée par Moreau d’après Baudoin, 42.000 francs ;


une superbe épreuve, avec la planche de blanc, de Tête de Flore, par Bonnet d’après Boucher, 82.000 francs, sur demande de 30.000 francs. Cette première vacation produisit 650.000 francs.
La deuxième vacation, le lendemain, a eu lieu au milieu d’une affluence considérable, et dès 14 heures, la galerie était archicomble. Les enchères ont été très brillantes, certaines même sensationnelles : deux magnifiques épreuves de Le Compliment et Les Bouquets, par de Bucourt, 31.000 francs à Heucqueville ; une remarquable épreuve de la planche en noir du premier état, la seule connue en cet état de Les Bouquets ou la fête de la grand’maman, par de Bucourt, 69.000 francs à Rousseau ; une superbe épreuve du deuxième état de L’Indiscrétion, par Janinet d’après Lavreince, 33.000 francs à Devilder ; une magnifique épreuve du troisième état de La Promenade publique, par de Bucourt, 37.000 francs ; deux magnifiques épreuves de On la tire aujourd’hui et La Douce Résistance, par Tresca d’après Boilly, 35.000 francs ;


deux superbes épreuves du deuxième état de La Rose et La Main, par de Bucourt, 120.000 francs à Houtacker. La vacation produisit 940.000 francs.

Catalogue des très beaux portraits des xviie, xviiie et xixe siècles composant la collection de Monsieur H. B. (Paris, s. n., 1928, in-8, 112 p., 329 lots).
La première vacation, du vendredi 30 novembre 1928, produisit 564.000 francs. Des enchères superbes furent obtenues, notamment par une superbe épreuve de Mademoiselle Bertin, par Janinet, qui atteignit 70.000 francs sur départ de 35.000 francs, par une très belle épreuve de Madame du Barry, par Gautier d’Agoty, qui fut poussée jusqu’à 33.100 francs, et par une superbe épreuve de Frédérique Sophie de Prusse, par Janinet, qui fut payée 30.000 francs, sur départ de 15.000 francs. La vacation du samedi 1er décembre 1928 produisit 370.000 francs. 

Catalogue des très belles gravures et lithographies xixe siècle composant la collection de Monsieur H. B. (Paris, s. n., 1929, in-8, 56 p., 200 lots).
La troisième vente se déroula à la salle 8 de l’hôtel Drouot, le vendredi 31 mai 1929. Une lithographie par Géricault, Deux chevaux gris pommelé se battant dans une écurie, fut payée 12.610 francs ; une lithographie par Delacroix, Cheval sauvage terrassé par un tigre, 10.000 francs ; une eau-forte par Lepère, La Cathédrale d’Amiens, 5.100 francs.


Catalogue des très beaux portraits du xvie au xixe siècle composant la collection de Monsieur H. B. (Paris, s. n., 1930, in-8, 132 p., 360 lots).
À la salle 10, Jehan Luillier, par Thomas de Leu, fut payé 4.100 francs ; Guido Bentivoglio, par Jean Morin, 2.520 francs ; Jules Mazarin, par Robert Nanteuil, 3.150 francs ; Jean Loret, par Robert Nanteuil, 3.050 francs ; Jean-Baptiste Colbert, par Robert Nanteuil, 4.500 francs ; Messire Nicolas Foucquet, par Robert Nanteuil, 8.550 francs ; Louis II, prince de Condé, par Robert Nanteuil, 5.300 francs ; Nicolas Boileau-Despréaux, par Drevet, 3.800 francs, et Ortance Manchini, par Gérard Valck, 2.700 francs.

Henri Beraldi mourut le 31 mars 1931, à 82 ans, après une courte maladie :

« Il avait présidé, le mois précédent, le dîner mensuel de la Société des Amis des livres et continué à recevoir ses amis et les membres de la Société à ses réceptions intimes du lundi : ces lundis de l’avenue de Messine connus et renommés de tous les bibliophiles. Nombreux étaient ceux qui se réunissaient autour de lui, chaque lundi, dans cette hospitalière bibliothèque où il accueillait, de façon si affable, tous ceux qui partageaient sa passion pour le livre. Il aimait à les montrer, ces livres et ces belles reliures patinées par le temps, ces admirables suites des originaux de Fragonard, de Moreau le Jeune, d’Eisen, de Cochin ; il aimait qu’on lui demandât à voir spécialement tel ou tel de ses trésors et ceux qui l’on bien connu ne pourront oublier la grâce naturelle avec laquelle, en vous remettant la clé de la vitrine où habitait le livre demandé, il vous indiquait le rayon et la place. […] Sur une table étaient posées les dernières acquisitions, livres rares ou reliures – le plat du jour – disait-il, chacun pouvait, à son aise, toucher et examiner. Il était heureux d’entendre et de discuter les observations, de raconter, avec une mémoire toujours infaillible, l’histoire de chaque volume, de chaque reliure, ancienne, très ancienne, moderne ou faite par ses soins – et avec quel goût, sûr et délicat, faisait-il exécuter ses reliures ! – et aussi des gens, très nombreux, qu’il avait connus, des artistes et des amateurs. »
(Charles Maumené. « M. Henri Béraldi [sic] ». In L’Amateur d’estampes. Paris, N° 3, mai 1931, p. 65-66)

Ses obsèques furent célébrées le mardi 7 avril 1931, à 10 h. 30, en l’église Saint-Augustin [VIIIe]. Les fils du défunt ont conduit le deuil. La cérémonie était présidée par Mgr Crépin, évêque auxiliaire de Paris, qui a donné l’absoute.


La levée du corps a été faite par Mgr Jouin, curé de la paroisse, et l’inhumation a eu lieu au Père-Lachaise. 




Sa bibliothèque fut dispersée à Paris, à la galerie Jean Charpentier [salle des ventes Sotheby’s, depuis 1988], 76 rue du Faubourg Saint-Honoré [VIIIe], face au palais de l’Élysée, puis à l’hôtel Drouot : Bibliothèque Henri Beraldi (Paris, Ader et Carteret, 1934-1935, 5 vol. in-4, [4]-III-39-[5] p., 52 pl., 78 lots ; [8]-152-[4] p., 105 pl., 277 lots ; [4]-IV-252-[4] p., 145 pl., 511 lots ; [4]-IV-112-[4] p., 67 pl., 209 lots ; [4]-162-[4] p., 40 pl., 424 lots).  



« Pour le xvie siècle : splendides reliures (la plupart des Éve), recouvrant, soit des chefs-d’œuvre  littéraires de Baif, Des Portes, Commines ou Ronsard, soit des livres rares, à gravures sur bois (Heures de Simon Vostre, sur papier, reliées comme le plus beau des Grolier), soit enfin quelque précieuse édition (Gesner, Historiae animalium, avec figures coloriées, exemplaire de Diane de Poitiers, provenant du château d’Anet), dans une reliure aux armes, richement ornée et mosaïquée. Somptueux volumes justifiant presque toujours d’origines illustres et, souvent même, royales (Henri III, Catherine de MÉdicis, Charles IX) !
Pour le xviie siècle : remarquable collection d’exemplaires aux armes d’Anne d’Autriche, de Louis XIII et de Louis XIV, habillés par les maîtres relieurs du grand siècle : Boyet, Le Gascon, Antoine Ruette, et provenant de bibliothèques non moins illustres que les ouvrages du siècle précédent : De Thou, Brunet, J.-J. De Bure, Charles Nodier, Baron Pichon, Destailleur, Delbergue-Cormont, etc. »
(Léopold Carteret. « Avant-propos ». In Bibliothèque Henri Beraldi. Première partie. Paris, Ader et Carteret, 1934, p. I-II)
  
La première des quatre journées de gala consacrées à la dispersion de cette admirable bibliothèque eut lieu mardi 29 mai 1934 à la galerie du Faubourg Saint-Honoré, sous la direction de Me Étienne Ader, assisté de Léopold Carteret. Dès l’ouverture des portes, une foule nombreuse se précipita pour occuper les places réservées : la princesse d’Arenberg, la comtesse de Béhague, Madame de Gama Ochoa, Madame Patenôtre, Madame Georges Prade, Madame de Villemorin, Madame Yves Ledoux-Lebard, le général Willems, le baron Henri de Rothschild, Henri Vever, Julien Cain, Raymond Escholier, Miguel Zamacoïs, M. de Billy, le comte de Rosambo, M. de Marinis, le baron Vitta, Christian Lazard, M. de Poliné, le comte Niel, M. Hoeplé, Arthur Weisweiler, M. Dubois, Paul-André Lemoisne, Seymour de Ricci, Mathieu Goudchaux, M. Gruel, M. de Samblaux, M. Burrus, M. Rassat, le comte Edmond de Contades, le colonel Hauët, Maurice Escoffier, etc.
La vacation comprenait les ouvrages du xvie siècle et une partie de ceux du xviiie : Euvres en Rime de Ian Antoine de Baïf (1557), dans une reliure du xvie attribuée à Nicolas Ève, 48.000 francs, sur départ à 5.000 francs ; les Mémoires de messire Philippe de Commines (1581), exemplaire ayant servi au prince Philippe d’Autriche, dans une reliure exécutée par les Ève, 19.000 francs ; Orazioni de Dampierre, manuscrit dans une reliure du xvie, au chiffre du poète Des Portes, 16.500 francs ; Conradi Gesneri medici Tigurini (1550) dans une reliure exécutée pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, 210.000 francs ; Heures de Simon Vostre, 29.000 francs ; De Fausto Caroli, de Masson (1570), 24.000 francs ; Officium Mariae Virginis, 20.000 francs ; cinq dessins originaux de Cochin pour les Œuvres de Belloy, 15.000 francs ; les Idylles de Berquin (1775-1776), avec la suite complète des 32 dessins originaux de Marillier, dans une reliure de Bozerian, 82.000 francs ; la suite des vignettes et culs-de-lampe de Boccace pour le Décaméron, 11.850 francs ; les Œuvres de Boileau (1798), avec la suite complète des 8 dessins originaux de Monsiau et le dessin original de Forty pour le portrait de Boileau, 17.000 francs ; les Principales Avantures de Don Quichotte (1746), dans un maroquin de Padeloup, 28.100 francs

Paris, Sotheby's, bibliothèque de Charles Hayoit, 30 novembre 2005 : 86.400 €
Reliure de Koehler

et les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (1796), avec la suite complète des 15 dessins originaux de Monnet, 111.000 francs.    
Le dernier lot adjugé, l’assistance allait abandonner la salle, lorsque Étienne Ader frappa sa tribune de son marteau d’ivoire et donna lecture de la déclaration suivante :
« Mesdames, Messieurs.
Sous le haut patronage de M. Albert Lebrun, président de la République, de M. Gaston Doumergue, président du Conseil et de M. Louis Barthou, ministre des Affaires étrangères, un certain nombre d’amateurs d’art, de bibliophiles, d’érudits, parmi lesquels le directeur des Beaux-Arts et l’administrateur général de la Bibliothèque nationale, ont associé leurs efforts à ceux de la Fondation Dutuit afin de sauvegarder ce monument de la collection Henri Beraldi : Le manuscrit contenant les 57 dessins originaux de Fragonard pour illustrer les Contes de La Fontaine. Soucieuse également de conserver à notre pays cette merveille nationale, la famille d’Henri Beraldi, ce grand bibliophile qui, par ses dons généreux, a contribué à enrichir plusieurs de nos musées et bibliothèques, a répondu favorablement à l’appel qui lui était adressé. Les Contes de La Fontaine, illustrés par Fragonard, sont retirés de la vente. Ce trésor français reste à la France et à Paris. » [payé 2 millions de francs par le Musée du Petit Palais]
Cette nouvelle fut accueillie au milieu des bravos. Ce fut l’événement marquant de cette séance qui eut, pourtant, tout entière un puissant attrait par l’importance des enchères qui furent réalisées et qui atteignirent au total un million de francs.



« Pour le xviiie siècle, Henri Beraldi fut encore plus attentif à ne rechercher que des ouvrages exceptionnels, uniques. Pour ce siècle de sa prédilection, il ne lui suffira point de posséder de magnifiques exemplaires, reliés en maroquin ancien, ornés de dentelles, contenant les illustrations du livre dans leur état habituel, que tout amateur, possesseur du nerf de la guerre, aurait la possibilité d’acquérir, par exemple :
Le Daphnis et Chloé du Régent (1718), en maroquin ancien à dentelle, aux armes de la Duchesse de Montmorency-Luxembourg.
Le Molière de Boucher (1734), en même extraordinaire condition, avec très riche dentelle, également aux armes de la Duchesse de Montmorency, c’est-à-dire le plus bel exemplaire connu.
Les Contes de La Fontaine (1762), édition des Fermiers généraux, admirable exemplaire en maroquin ancien à large dentelle, aux armes mosaïquées de la Marquise de Pompadour.
Non ! Il ne lui suffira pas de posséder de tels exemplaires dont la perfection ne satisfait point encore ses insatiables exigences d’amateur passionné du xviiie siècle ! Il lui faut mieux encore ; et voici, prise dans son ouvrage Estampes et Livres, une véritable profession de foi : “ Quant à collectionner du vieux maroquin pour du vieux maroquin, à subordonner la belle épreuve à l’habit et à accepter des épreuves usées dans des reliures de Derome, non ! ”
Il s’appliquera donc, avec une persévérance et un bonheur inouïs, non seulement à réunir ces premiers états des gravures, ces eaux-fortes en épreuves d’artiste, ces tirages à part de graveurs célèbres (Eisen, Fessard, de Longueil, Marillier, Lemire, etc.) qui forment les documents essentiels de l’histoire d’un livre d’art, mais encore à retrouver, puis acquérir les dessins originaux qui avaient servi à l’établissement de ces belles gravures : dessins rarissimes de Fragonard, Cochin, Eisen, Gravelot, Choffard, Marillier, Monsiau, Monnet, Mlle Gérard, etc., etc.
Tels sont les admirables exemplaires (presque tous signalés dans le Guide de Cohen) qui représentent le xviiie siècle dans la collection Henri Beraldi et nous offrent les raretés les plus insignes, les chefs-d’œuvre les plus extraordinaires de l’art du livre. Par exemple, pour une œuvre illustre entre toutes, les Contes de La Fontaine, nous trouvons côte à côte dans cette merveilleuse collection :
L’exemplaire unique des Contes de La Fontaine de 1795 contenant les eaux-fortes (sauf une figure) et l’eau-forte inconnue de FÉronde.
2° Le sensationnel recueil, reliÉ à l’Époque par Derome, contenant, en deux volumes, les Contes, calligraphiés et ornementés, avec, en regard, une illustration de cinquante-sept dessins originaux de Fragonard, à la sépia, exécutés vers 1780. Originaux d’autant plus précieux que les gravures de la fameuse édition de 1795 ne nous en offraient qu’une infime partie.
Autre rareté non moins magnifique : un exemplaire, unique également, des Métamorphoses d’Ovide, de l’abbé Banier, 1767-1771, renfermant dans une reliure ancienne, en maroquin bleu-vert de Derome (avec insignes de Blondel d’Azincourt), non seulement la collection complète des avant-lettre, mais aussi toutes les eaux-fortes et les 5 figures doubles découvertes. Pures merveilles !
On trouvera plus loin la liste, éloquente dans sa simplicité, de la surprenante réunion de dessins originaux pour des livres célèbres : Pucelle d’Orléans, Liaisons Dangereuses, Faublas, etc.
Quant aux provenances, il nous suffira de citer les noms de : Morel de VindÉ, Brunet, Charles Nodier, PixerÉcourt, De Bure, Feuillet de Conches, Turner, Renouard, La Roche-Lacarelle, Lignerolles, Mahérault, Portalis, Guyot de Villeneuve, EugÈne Paillet, Robert Hoe, etc., etc.
Exemplaires non moins complets et non moins richement illustrés d’épreuves d’état de tous les autres grands livres du xviiie siècle : AnacrÉon, Boccace, Dorat (Baisers et Fables), La Borde (Chansons), etc.
Toutes ces conditions réunies font de la collection de livres illustrés du xviiie siècle, formée par Henri Beraldi, la réunion la plus parfaite et la plus choisie qu’un amateur ait jamais possédée. Il a eu de nombreux imitateurs : pas un instant il n’a connu un rival. »
(Léopold Carteret. « Avant-propos ». In Bibliothèque Henri Beraldi. Première partie. Paris, Ader et Carteret, 1934, p. II-IV)
      
La deuxième séance consacrée aux livres du xviie siècle et à une partie des illustrés merveilleux du xviiie siècle, avait attiré le mercredi 30 mai 1934, Faubourg Saint-Honoré, une assemblée aussi nombreuse que la veille. Dans la salle, comble avant l’heure, on reconnaissait : la comtesse de Béhague, le général Willems, le comte de Billy, Jean Robiquet, Jean Guiffrey, M. Joubin, M. Dubois, Georges Prade, le docteur Viaud, le docteur Brand, Miguel Zamacoïs, M. Tannery, M. de Bormans, M. de Samblaux, Georges Vaudoyer, M. Fauchier-Magnan, Henri Verez, M. Promanger, M. Perreau, Mademoiselle Ed. Giard, Mademoiselle Dubourg, Maître Edmond Petit, Jules Féral, Auguste Blaizot, Albert Besombes, M. Lardanchet, etc.
Le prix le plus élevé de la vacation fut obtenu par un recueil unique, contenant la suite complète des 44 dessins originaux de Gravelot, dont un inédit, pour les Œuvres de Voltaire (1768) ; cette série, considérée très justement par Beraldi comme le morceau capital de Gravelot, atteignit 105.500 francs et devint la propriété d’un collectionneur parisien très connu.
Carteret poussa jusqu’à 64.100 francs un unique exemplaire des Aventures de Télémaque (1796) contenant la suite complète des 25 dessins originaux de Quéverdo, et jusqu’à 75.000 francs un superbe exemplaire des Baisers de Dorat (1770), contenant la rarissime suite des en-têtes et culs-de-lampe par Eisen, en épreuves d’artistes, tirées hors-texte ; il n’existe, paraît-il, qu’une seule autre suite complète de ces hors-texte.
Citons encore un prix de 60.000 francs en faveur d’un exemplaire sur grand papier, à toutes marges, des Fables de Dorat (1773), contenant également l’introuvable suite des hors-texte ; un prix de 76.000 francs pour un exemplaire unique des Lettres à Émilie sur la mythologie, par Demoustier (1809), contenant les 36 dessins originaux de Moreau, 24 autres dessins de cet artiste et 14 dessins de Le Barbier, et enfin un prix de 51.000 francs que consentit M. Dubois pour un superbe exemplaire de La Mort d’Abel par Gessner (1793), contenant les 5 admirables dessins originaux en couleurs de Monsiau, dans une élégante reliure de Mercier.

La troisième journée, jeudi 31 mai 1934, dépassa deux millions.

Paris, Drouot, 2014 : 5.600 €

Le plus bel exemplaire aux armes de Molière, de Boucher (1734), ayant figuré dans une vente, aux armes de la duchesse de Montmorency-Luxembourg, fut acquis moyennant 300.000 francs, sur départ à 50.000, par Maggs de Londres. Le Choix de chansons de La Borde, renfermant les rarissimes eaux-fortes des figures pour les 4 volumes et de nombreuses pièces supplémentaires, parmi lesquelles l’épreuve d’essai qui porte, au lieu des armes de la Dauphine, le portrait de Marie-Antoinette, exemplaire qui se compléta dans les mains de ses propriétaires successifs : Renouard, Aguillon, Grésy, Gonzalès, Paillet et Henri Beraldi, atteignit la somme respectable de 232.000 francs.

Aujourd'hui dans la bibliothèque de Jean Bonna


Le plus bel exemplaire aux armes des Contes de La Fontaine, édition des Fermiers généraux, dans un maroquin à large dentelle, aux armes de Madame de Pompadour, fut poussé à 149.500 francs par M. Gaillandre, sur départ à 50.000 francs. L’admirable recueil des 30 dessins originaux de Moreau exécutés à la sépia pour les chants 1 à 5 de La Pucelle, de Voltaire, édition de Kehl, volume dans sa reliure originale, sur laquelle est frappé en or le nom de Moreau le Jeune, fut adjugé 200.000 francs à M. Rau, sur mise à prix de 50.000 francs ; l’exemplaire du Nouveau Testament, contenant la suite complète des 108 magnifiques dessins originaux de Moreau le Jeune, fut adjugé 81.000 francs à Albert Besombes, et celui des Amours du chevalier de Faublas, par Louvet du Couvray (1798), renfermant la plus grande partie des originaux l’illustrant, puis encore 6 dessins de Quéverdo et Marillier, dont 4 inédits, devint la propriété de Léopold Carteret, moyennant 110.000 francs.


La dernière journée, vendredi 1er juin 1934, comprenait la fin des illustrés du xviiie siècle. La dispersion de la première partie de la bibliothèque Beraldi s’est terminée sur un total de 4.784.450 francs ; si on y ajoute les 2 millions représentant le prix d’acquisition pour l’État des sépias de Fragonard pour les Contes de La Fontaine, on arriva à près de 7 millions.
L’enchère la plus brillante de la journée et la plus élevée de la vente fut obtenue en faveur du rarissime exemplaire des Métamorphoses d’Ovide (1767-1771), contenant les eaux-fortes et les avant-lettre en condition ancienne [deux autres exemplaires seuls sont connus dans cet état : celui qui disparut depuis 1862 et qui provenait de la vente La Bédoyère et celui que possédait Édouard Rahir] ; on y joignit les vignettes de Choffard en tirage hors-texte (1 vol.) : mises sur la table à 50.000 francs, ces deux merveilles atteignirent 305.000 francs. Un recueil considérable, formé des états introuvables, dont 43 eaux-fortes des illustrations de Moreau le Jeune et Le Barbier, pour illustrer les Œuvres de Jean-Jacques Rousseau, fut adjugé 140.000 francs à Charles Bosse, ainsi d’ailleurs que, moyennant 62.000 francs, la suite complète des 18 dessins originaux de Cochin, pour les Œuvres de Virgile (1743). Carteret poussa jusqu’à 78.100 francs la suite complète de 27 dessins originaux de Marillier, pour la Nouvelle Héloïse, l’Émile et les Œuvres diverses de Rousseau, et la Bibliothèque nationale, représentée par son éminent administrateur général Julien Cain, acquit pour la somme raisonnable de 13.800 francs un exemplaire unique des Saisons de Saint-Lambert (1796) enrichi des 4 croquis originaux de Choffard, ayant servi pour l’illustration des vignettes de l’édition de 1769.





« Si nous examinons les livres de la période romantique, nous nous trouvons devant un ensemble qui dépasse en richesse tout ce que l’on peut imaginer. Henri Beraldi se passionna pour cette époque fertile en grands relieurs et, dans son ouvrage “ La Reliure au xixe siÈcle ”, il consacra des articles du plus vivant intérêt à BozÉrian, Lefebvre, Simier, Thouvenin, Purgold, Vogel, Duplanil, Bauzonnet et à tant d’autres dont il recherchera pour sa collection les plus beaux spécimens de leur art. »
(Léopold Carteret. « Avant-propos ». In Bibliothèque Henri Beraldi. Première partie. Paris, Ader et Carteret, 1934, p. IV-V)

La bibliothèque romantique Henri Beraldi, consacrée aux ouvrages publiés de 1801 à 1875, ne le céda en rien aux deux premières parties dont la dispersion fut effectuée au mois de mai 1934. Des fauteuils avaient été retenus dans la salle par la princesse Amédée de Broglie, la princesse d’Arenberg, la comtesse de Béhague, Madame Pratt, Madame Patenôtre, le marquis de Sayse, le comte de Bary, le baron Henri de Rothschild, le baron Le Guay, le baron Vitta, M. de Bormans, M. de La Ters, M. Horvilleur, M. Fribourg, Henri Vever, M. Tauber, M. Groukowsky, M. Rassa, M. Vigne, M. de Samblaux, M. Lardanchet, M. Miguet, etc.
Les Maggs, revenus de Londres le 17 décembre 1934 au soir, ramenant triomphalement les lettres de Napoléon à Marie-Louise, acquises par le gouvernement français, étaient également présents. Parmi les adjudications les plus brillantes prononcées au cours du mercredi 18 décembre 1934 : Antigone, par Ballanche (1819), avec les 6 dessins originaux de Bouillon, dans une superbe reliure de Simier, atteignit 15.700 francs ;



les Chansons de Béranger (1825) et le Supplément (1829) contenant une suite des figures de Johannot et les eaux-fortes pures, dans de magnifiques reliures mosaïquées de Vogel, 15.000 francs ; La Caricature, collection complète, avec les lithographies sur Chine, mais sans la Mensuelle, 12.200 francs ; l’originale d’Adolphe, de Benjamin Constant, dans une reliure de l’époque, 6.600 francs ; Les Cythères parisiennes, de Delvau (Dentu, 1864), avec les eaux-fortes en tirage à part, des croquis de Rops, dans une belle reliure mosaïquée de Mercier, 18.000 francs, et les 35 dessins originaux de Desenne, pour les Œuvres d’Étienne de Jouy (1812-1824), 11.000 francs.

La séance du jeudi 19 décembre 1934 attira un public aussi nombreux que la veille. Quelques personnalités avaient négligé la première réunion : Madame Lazare Weiler, le comte Balny d’Avricourt, le comte de Flers, le général Lannoy, M. Pibilat, le comte de Grammont, M. Lacour-Gayet, M. Gruel, M. Schulsmann, député de Metz, Miguel Zamacoïs, etc.
Après la mise en vente de quelques albums remarquables par leur composition et leur état de fraîcheur, parmi lesquels : un Album amicorum, ayant appartenu à Madame Rosa de Parron d’Arquinvilliers, contenant des dessins, des aquarelles et des autographes de Devéria, Charles Nodier, Chasselat, Lamartine, Victor Hugo, Gustave Doré, Grandville, Charlet, Amable Tastu, Henri Monnier, Cham, A. Karr, Alfred de Musset, Géricault, qui atteignit 5.000 francs, la série des volumes commença, brillante, déchaînant l’enthousiasme.
Carteret fit monter à 21.320 francs un recueil de 421 aquarelles originales de Garnerey, pour l’Ouvrage sur les costumes de théâtre publié par Vizentini, comédien du Roi ;



Madame Davis acquit, moyennant 20.000 francs, l’édition originale d’Albertus, de Th. Gautier, enrichie de cette dédicace à une amie [Lucile Damarin] : « Aimez-moi comme je vous aime » ; M. Rau paya 11.500 francs l’originale de Mademoiselle de Maupin, avec cet envoi à Eugène de Nully : « A mon très cher Eugène » ; Carteret emporta encore, moyennant 16.300 francs 13 beaux dessins de Devéria pour Les Mille et un jours ; M. Petitot paya 9.200 francs les 58 dessins originaux de Duplessis-Bertaux pour les Différents cris de Paris ; M. de Samblaux, 9.500 francs les Œuvres de Florian (1805) avec 8 dessins originaux de Marillier ; M. Lefrançois, 10.000 francs pour Tipoo-Saïb, de Gobert et Dubois, avec 3 dessins originaux de Garnerey, et 14.500 francs les Poésies de Gresset (1802), dans une admirable reliure empire au vernis sans odeur ; enfin, Camille Bloch poussa à 9.000 francs la 8e édition de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, avec dédicace autographe à Mademoiselle George.

Les deux premières journées de vente des ouvrages romantiques ont pris fin sur le total, plus que satisfaisant, de 685.000 francs.
La troisième séance consacrée à cette dispersion, le vendredi 20 décembre 1934, produisit 325.000 francs. Le prix le plus important le fut en faveur d’un exemplaire unique des Œuvres de Molière (1804), enrichi de 33 aquarelles originales de Auguste Garnerey ; ce monument superbe, qui fut offert par l’impératrice Joséphine et qui porte sur les plats de sa reliure signée Simier le chiffre de Nicolas Corvisart, le célèbre médecin de l’empereur Napoléon Ier, fut poussé à 36.100 francs, sur départ à 5.000 francs, par M. Petitot.
Citons encore les Œuvres de Molière (1825), avec 12 dessins de Chasselat, adjugées 8.600 francs à Madame Pratt, ainsi que les Œuvres de Molière (1826), comprenant les 20 dessins de Desenne pour l’édition des œuvres de 1822, adjugées 12.200 francs.
Un album de dessins originaux par Tony Johannot fit 5.400 francs ; 17 dessins originaux de Louis Laffitte, représentant les uniformes de cérémonie de la cour de Louis XVIII, 11.000 francs ; les Œuvres de La Fontaine (1814), dans de belles reliures de Simier, 6.600 francs ; 17 aquarelles originales de Eugène Lami et Chasselat, pour Étrennes à Terpsichore (1821), 7.900 francs ; le Mémorial de Sainte-Hélène, sur papier de Chine, 6.800 francs ; Les Poésies de Malherbe (1824), dans une reliure de Vogel, 7.000 francs ; 69 dessins originaux de Monnet pour l’Histoire de France par David (1809-1813), 9.300 francs.

La dernière séance, du samedi 21 décembre 1934, se termina sur la somme de 480.000 francs.



Le clou de cette journée fut un exemplaire des Satires de Perse, dans une admirable reliure de Simier, avec son étiquette, exécutée en mosaïque pour l’Exposition de 1827 ; sur départ à 10.000 francs, cette pièce unique atteignit en quelques secondes 51.100 francs, pour Carteret. Parmi les plus brillantes enchères : l’originale d’Un spectacle dans un fauteuil, en reliure d’époque, 11.000 francs ;



les Œuvres choisies de Parny (1827), en reliure mosaïquée de Vogel, 11.000 francs ; Les Œuvres de Rabelais (1823), en reliure de Simier, aux armes de la duchesse de Berry, 12.000 francs ; les aquarelles originales de Raffet, pour les Œuvres de Paul de Kock (1834-1840), 20.350 francs ; un très bel exemplaire sur Chine de La Sainte Bible (Mame, 1886), dans une reliure mosaïquée avec décor Renaissance, signée Hardy-Marius Michel, 12.000 francs ; Paul et Virginie (1806), relié par Mairet, 14.600 francs ; Paul et Virginie (1838), exemplaire sur Chine, relié par Capé, 15.000 francs ; Sonnets et eaux-fortes, exemplaire de Burty, avec dessin original de Victor Hugo, dans une reliure somptueuse de Marius Michel, 16.800 francs ; les dessins originaux pour les Fastes de la Nation (1804-1813), 19.000 francs ; Jardin de Malmaison, par Ventenat (1803), 15.500 francs, et un précieux exemplaire de l’originale de Servitude et grandeurs militaires, de Vigny, dédicacé à Marie Dorval, et superbement relié par Spachman, 29.000 francs.
La bibliothèque romantique a produit 1.489.250 francs.





« Enfin, pour couronner ce monument de la Bibliophilie, viendra la série des livres modernes, ces livres modernes qui furent la grande préoccupation de la vie de Henri Beraldi. Président de la Société des Amis des Livres, n’est-ce pas lui qui, plus et mieux que tout autre, rechercha, découvrit les talents naissants et les encouragea si bien, que des artistes comme Daniel Vierge, Lepère et Legrand, obtinrent très vite, grâce à l’apostolat infatigable de cet animateur enthousiaste, la place glorieuse qu’ils occupent dans l’illustration moderne.
Mais que dirons-nous de la reliure ! N’est-ce pas de Henri Beraldi, que les Cuzin, les Mercier et les Marius Michel reçurent, tout d’abord, ce soutien et ces encouragements qui leur permirent de conduire à la perfection et à la consécration par le succès, l’effort artistique qu’ils avaient entrepris ? »
(Léopold Carteret. « Avant-propos ». In Bibliothèque Henri Beraldi. Première partie. Paris, Ader et Carteret, 1934, p. V)

À l’exposition de la première vacation de la 4e partie de la collection Beraldi, le lundi 17 juin 1935, on reconnaissait : la princesse de Broglie, Georges Prade, M. Jousselin, Madame Étienne Ader, le marquis de Sayve, A. de Saint-André, Henri Dubois, M. Vever, le baron Vitta, M. Avril, M. David-Weill, le général Cadiot, Jacques Guérin, Frédéric Sabatier d’Espeyron, le baron Henri de Rothschild, M. Miguel, M. de Barmans, Madame Demogé, le comte du Bourg de Bozas, M. de Samblaux, le général Lannoy, M. Sibillat, etc.
L’exemplaire unique de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (1889), enrichi des 41 dessins originaux  de Luc-Olivier Merson pour les vignettes, et de ses 12 magnifiques compositions pour les hors-texte, fut acquis moyennant 40.000 francs, sur départ à 10.000 francs, par Henri Dubois, qui triompha de M. Gaillandre.




Quinze histoires d’Edgar Poe (Amis des livres, 1897), avec 10 dessins originaux de Louis Legrand, 16.000 francs. Cent cinquante-sept études ou croquis originaux d’Édouard de Beaumont, 23.000 francs. La Physiologie du goût, de Brillat-Savarin (1879), avec les dessins originaux de Lalauze, 19.500 francs. Les Œuvres poétiques de André Chénier (1923), avec 37 dessins originaux de Maurice Ray, 23.000 francs. Paysages parisiens de Goudeau (1892), avec les 51 dessins originaux de Lepère, 33.300 francs. À rebours, de Huysmans (1903), avec les fumés des bois de Lepère, 20.100 francs. Les Contes de La Fontaine (1885), avec les dessins originaux d’Édouard de Beaumont, 30.100 francs.
Cette première réunion produisit 550.000 francs.

La vente de la 4e partie de l’incomparable bibliothèque d’Henri Beraldi prit fin le mardi 18 juin 1935 à la galerie Charpentier, sur le total de 1.273.460 francs. Ce quatrième épisode obtint un succès considérable, qui dénote, de la part des amateurs, un goût des plus avisés. C’est, une fois encore, le triomphe du beau livre, réunissant ces collaborations si magnifiquement choisies, de l’auteur, de l’illustrateur, de l’éditeur et du relieur. C’est la consécration définitive des Lepère, des Legrand, des Édouard de Beaumont, des Edmond Morin, des Steinlen et celle aussi des Marius Michel, des Mercier et des grands artisans contemporains.
Les honneurs de la journée du mardi 18 juin 1935 revinrent à M. et Madame Léon Cotnareanu, propriétaires du journal Le Figaro depuis l’année précédente : ils acquirent, moyennant 80.000 francs, sur départ à 10.000, un exemplaire des Lettres persanes (Jouaust, 1885), enrichi des 8 superbes dessins originaux d’Édouard de Beaumont ; puis encore, moyennant 70.000 francs, Les Contes de Perrault (1887), avec les 67 croquis, dessins et aquarelles d’Édouard de Beaumont ; ils poussèrent encore à 30.000 francs le Cours de danse fin de siècle de Louis Legrand, contenant les 13 dessins originaux en couleurs ; à 15.000 francs, La Faune parisienne, de Louis Legrand, avec 2 aquarelles originales de l’artiste ; à 9.000 francs, L’Initiation vénitienne, d’Henri de Régnier, contenant la suite des dessins originaux de Lepape, et à 8.500 francs, Rosette en paradis, de Vicaire, avec les 15 charmants dessins originaux de Louis Morin.
Mentionnons encore, parmi les adjudications principales : La Faune parisienne, de Louis Legrand (1901), contenant les 31 dessins de Louis Legrand, 63.000 francs ; Paris au hasard, de G. Montorgueil (1895), avec les dessins de Lepère et les fumés des bois, 16.300 francs ; Fêtes foraines de Paris, de G. Mourey (1906), avec les 106 originaux de Chahine, 17.500 francs ; L’Histoire de Joseph (1878), dans un maroquin de Marius Michel, 20.500 francs ; Vingt dessins originaux de Steinlen : Autour du trottoir, 23.300 francs ; La Vie rustique, de Theuriet (1888), avec 130 aquarelles originales de Giacomelli, 40.100 francs, et Les Heures de la femme à Paris, d’Uzanne (1903), avec les 103 aquarelles originales de Pierre Vidal, 14.400 francs.


Bien que l’intérêt des ouvrages inscrits au catalogue de la 5e partie de la bibliothèque Beraldi ne puisse être comparé à celui de ceux des quatre séances antérieures, il constitue néanmoins un ensemble dont la qualité, l’état et surtout le choix des reliures, eût satisfait un bibliophile raffiné. Parmi les amateurs présents le lundi 28 octobre 1935, dans une salle de l’hôtel Drouot : le comte de Billy, le général Braconnier, le comte du Bourg de Bozas, M. Vever, M. Tauber, M. Miguet, M. de Bormans, M. Lafont, M. Rassat, etc.
Parmi les adjudications les plus importantes : l’originale de Francisci Valesii Gallorum (1539), en reliure ancienne restaurée, 3.000 francs ; De sui temporis scriptoribus, de Sibinius (1501), dans une reliure de Derome, 3.100 francs ;




Documenti d’amore, de Barberino (1640), dans un maroquin à dentelle à l’oiseau de Derome, 3.100 francs ; l’originales des Réflexions de La Rochefoucauld (1665), dans une reliure de Bauzonnet, 2.250 francs ; Les Satyres de Régnier (1652), dans une reliure mosaïquée de Simier, 2.360 francs ; L’Affaire du collier, album composé de portraits de personnages ayant joué un rôle dans cette affaire, reliure de Chambolle-Duru, 2.100 francs ; Le Cabinet des fées (1785), en reliure ancienne, 2.500 francs ; La Collection d’auteurs italiens (1767-1768), en reliure ancienne, 2.020 francs ; Les Contes moraux de Gessner (1773-1777), dans une riche reliure de Bozerian, 7.300 francs ; un exemplaire sur vélin des Œuvres de Gessner (1799), avec un dessin original par Goldenstadt, 4.650 francs ; un exemplaire sur vélin des Amours de Psyché et de Cupidon de La Fontaine (1795), 3.630 francs, et le Recueil de lettres de Madame la marquise de Sévigné (1734), en maroquin ancien, 2.600 francs. Cette première vacation a produit 124.000 francs.



Le mardi 29 octobre 1935, le prix le plus important fut obtenu par la suite très rare et complète des 47 planches en couleurs de Lanté pour les Costumes des ouvrières de Paris : sur départ à 800 francs, ces superbes épreuves atteignirent 6.100 francs. La collection La Mésangère (1812-1824 et an VII à 1832), soit 8 volumes renfermant 610 planches par Horace Vernet, Lanté, Gatine, Delvaux, fut adjugée 3.120 francs. Les Camées parisiens, de Banville (1866), dans un superbe maroquin doublé de Mercier père, 1.050 francs ; l’exemplaire aux armes de Napoléon Ier de la Relation de la bataille de Marengo (1806), avec un dessin original représentant l’empereur sur le champ de bataille, 2.210 francs ; un superbe recueil des 117 planches de Finden pour illustrer La Vie de Byron (1833), 2.700 francs ; les Méditations poétiques et les Nouvelles méditations de Lamartine (1823), dans d’exquises reliures de Thouvenin Jeune, 1.750 francs, et La Reliure par Lesné (1827), dans une reliure doublée de Dewatines, 1.550 francs. La séance a produit 67.000 francs.

La dernière vacation du mercredi 30 octobre 1935 a fourni l’agréable occasion d’apprécier quelques cartonnages d’éditeurs d’un état invraisemblable et quelques œuvres des mieux choisies signées Thouvenin, Lortic, Bauzonnet et Marius Michel. Parmi les adjudications les plus importantes : Les Œuvres de Molière (1835-1836), dans une reliure d’éditeur éblouissante, 1.020 francs ; Le Journal de l’expédition des Portes de fer, de Charles Nodier (1844), dans une admirable reliure de Lortic aux armes de la maison d’Orléans, dont un « Trautzolâtre » disait « Ça, une reliure ? C’est le foyer de l’Opéra ! », 6.500 francs ; les Œuvres complètes de Racine (1811), avec les figures de Moreau en trois états, dans une reliure d’époque, 3.000 francs ; le Catalogue de la bibliothèque de Rosny (1837), exemplaire au chiffre couronné de Marie-Caroline, duchesse de Berry, 1.800 francs ; Paul et Virginie, de Bernardin de Saint-Pierre (1838), dans une riche reliure ornée de la plaque orientale, 1.390 francs.
Parmi les livres modernes : un bel exemplaire des Pantins de Paris, de G. Coquiot (1920), enrichi d’un important dessin original de Forain, 2.960 francs ; un exemplaire unique de Fleurs de Paris, d’Albert Flament (1909), au nom d’Henri Beraldi, dans une somptueuse reliure de Mercier fils, 2.750 francs ; l’édition originale de La Maison Tellier, de Guy de Maupassant (1881), avec dédicace de Maupassant à « sa chère cousine Lucie Le Poittevin », 3.650 francs ; un album d’eaux-fortes de Meissonnier, dans un maroquin doublé de Marius Michel, 3.650 francs, et un recueil de dessins de Daniel Vierge (1870-1887), relié par Chambolle-Duru, 2.000 francs.
La 5e vente Henri Beraldi a produit 280.000 francs.
Le total des cinq ventes Beraldi s’élèva à 9.827.160 francs.

Les trois quarts de la collection pyrénéenne de Beraldi ont été offerts par ses héritiers, en 1939, à la Bibliothèque municipale de Toulouse.