vendredi 28 décembre 2012

Petite Bibliothèque des théâtres

Faute de pouvoir consulter facilement une collection complète, la Petite Bibliothèque des théâtres n’a jamais été décrite parfaitement. La description de tous les volumes qui la composent nécessite l’examen minutieux de chacun d’entre eux afin d’éviter la répétition des erreurs d’antan.

Le 1er septembre 1783 paraissait le premier volume d’une nouvelle collection intitulée Petite Bibliothèque des ThÉatres, Contenant un Recueil des meilleures Pieces du Théatre François, Tragique, Comique, Lyrique & Bouffon, depuis l’origine des Spectacles en France, jusqu’à nos jours.[sic] Cette collection avait été fondée par Nicolas-Thomas Le Prince (1749-1818) et Jean-Baptiste Baudrais (1749-1832).

Nicolas-Thomas Le Prince, né à Paris le 30 septembre 1749, fut, à partir de 1765, employé à la Bibliothèque du roi, au dépôt des livres imprimés, puis à celui des manuscrits. Il participa à la rédaction des Anecdotes des beaux-arts (Paris, Jean-François Bastien, 1776-1780, 3 vol. in-8 ; un 4e vol. n’est pas paru), de Pierre-Jean-Baptiste Nougaret (1742-1823), et publia le Catalogue des livres qui composent la bibliothèque de monseigneur Hue de Miroménil [sic] (Paris, Valade, 1781, in-4, tiré à 12 ex.). Devenu inspecteur de la librairie près la chambre syndicale de Paris, chargé de veiller au recouvrement des exemplaires dus à la Bibliothèque du roi au titre du dépôt légal, il composa un Essai historique sur la Bibliothèque du roi (Paris, Belin, 1782, in-12), dont son nouvel éditeur en1856, Louis Paris (1802-1887), voulut le dépouiller. Le 10 octobre 1783, Le Prince obtint un privilège à perpétuité, réduit à dix ans en cas de cession, pour la Petite Bibliothèque des théâtres.
C’est Jean-Baptiste Baudrais, né à Tours le 14 avril 1749 et arrivé à Paris à l’âge de vingt ans pour faire carrière dans les lettres, qui s’en occupa presque seul.

On ne pouvait se procurer cette collection de format in-18 [13 x 8 cm] qu’en souscrivant pour l’année entière, « à commencer à l’époque de cette première livraison », au Bureau, rue des Moulins, butte Saint-Roch, n° 11 [adresse de Le Prince], chez François Bélin (1748-1808), libraire rue Saint-Jacques, près Saint-Yves, et chez Thomas Brunet (1744-1824), libraire rue de Marivaux, place du Théâtre italien.
Les souscripteurs devaient recevoir douze volumes pour l’année, « brochés très-proprement avec étiquettes sur le dos », un chaque mois, et un treizième « gratis », sous le titre d’Étrennes de Polymnie, du nom de l’une des neuf Muses, patronne de la poésie lyrique, composé des plus jolies ariettes, romances, chansons, et des vaudevilles les plus en vogue, avec les airs gravés.
Imprimée par Jacques-François Valade (v.1727-1784), rue des Noyers, puis par sa veuve, sur papier « carré fin » de la Manufacture royale de Jean-Baptiste Réveillon (1725-1811), rue de Montreuil, faubourg Saint-Antoine, cette collection est rarement complète. Seulement 50 exemplaires furent tirés sur papier vélin de la même manufacture.

Page de titre de 1783 à 1786


Page de titre de 1787 à 1789

« Nous donnons, avant les Pieces, tout ce qu’on a pu écrire sur chacune d’elles, et nous faisons suivre la vie des Auteurs par un catalogue raisonné de toutes celles de leurs Pieces que nous ne pouvons pas insérer dans notre Recueil.
Les Épîtres dédicatoires, Préfaces, Avertissemens, &c., nous ont paru devoir entrer dans notre plan, parce que l’on trouve souvent, dans ces sortes d’écrits, des particularités propres à faire connoître les raisons qui ont engagé les Auteurs à préférer tel sujet et telle situation, à tel et à telle autre.
Indépendamment de cela, nous avons cru nécessaire de faire précéder chaque Piece par un extrait, sommaire, contenant simplement le sujet, afin de faciliter la comparaison de celles qui ont quelques ressemblances, ou quelqu’analogie entre elles : et comme il en a paru quelquefois plusieurs sur le même sujet et sous le même titre, nous en donnons le catalogue, et les faisons toutes connoître succinctement.
Les jugemens des Pieces que nous offrons au Public, et les Anecdotes qui y sont relatives, devoient aussi nous occuper […].
Toutes les Pieces sont corrigées sur les éditions originales, et comparées avec toutes les éditions qui ont suivi. […]
Chaque partie de cette Collection sera précédée d’un Essai historique, qui offrira l’origine et les progrès de l’Art en France, et qui sera délivré gratis à MM. Les Souscripteurs. »
[Avis, vol. 1, 1783]

« Le nombre des souscriptions pour cet Ouvrage s’étant multiplié au-delà de nos espérances, nos frais et notre travail se trouvant plus que payés, nous croyons devoir faire jouir MM. nos Souscripteurs du surplus de leurs avances, et nous nous faisons un vrai plaisir de pouvoir leur annoncer qu’ils recevront gratis les portraits des Auteurs dont les Pieces formeront notre Collection. […]
Nous avons senti qu’il n’étoit pas juste que ceux qui ne quittent jamais Paris contribuassent aux frais de poste, et nous leur en avons fait la remise, pour l’année entiere. La souscription, pour les personnes qui resteront toute l’année à Paris, est donc réduite, et restera à 33 livres, et elle est et sera toujours de 36 livres pour les Souscripteurs de Province, et pour ceux qui iront y passer une partie de l’année. Mais comme nous ne faisons tirer qu’à un très-petit nombre en papier vélin, la souscription en sera toujours, et par-tout, de 54 livres. »
[Nouvel Avis, vol. 2, 1783]

« La grande difficulté que nous avons éprouvée jusqu’à présent à nous procurer les Portraits des Auteurs dont nous avons donné les Pieces, ne nous a pas permis d’en offrir à MM. nos Souscripteurs autant que nous le desirions. »
[Nouvel Avis, vol. 12, 1784]

« A commencer au premier Janvier 1789, le prix de la souscription, qui est actuellement de 33 livres par an, pour Paris, et de 36 livres pour la Province, sera de 48 livres pour Paris comme pour la Province, et le papier vélin, qui est actuellement de 75 livres, par an, sera de 96 livres, pour tout le Royaume. »
[Avis, vol. 47, 1787]

« Pour faciliter et guider MM. nos Souscripteurs dans leurs réclamations, soit de volumes, soit de portraits, &c., nous leur feront passer, avec le numéro 12 et dernier de l’année 1788, une Lettre particuliere, dans laquelle nous insérerons une table générale des 60 volumes de Pieces de Théatres dont sont composées les années 1784, 1785, 1786, 1787 et 1788 de notre Collection, et qui la complettent jusqu’à ce jour. Les cinq volumes d’Etrennes de Polymnie n’ont pas besoin de table, ainsi que les trois premiers volumes des Essais historiques sur l’Art Dramatique en France. (sur la Tragédie.)
Plusieurs de MM. nos Souscripteurs nous ayant fait des demandes réitérées relativement à la livraison du quatrieme vol. et suivans des Essais historiques sur l’Art Dramatique, nous les prévenons que les volumes qui compléteront ces Essais ne paroîtront qu’à la fin de la Petite Bibliotheque des Théatres, et termineront cette Collection, le soin tout particulier qu’exige la rédaction de cet Ouvrage ne permettant pas de les livrer plutôt.
Nous devons également répondre à MM. les Souscripteurs qui paroissent desirer savoir quand notre Collection sera entiérement achevée, que nous sommes maintenant en état d’en fixer le terme et d’en déterminer l’époque vers la fin de 1791. »
[Avis, vol. 59, 1788]    


La collection complète compte 72 volumes publiés de 1783 à 1789 :

1783

1. Chef-d’œuvre de Mairet. Vie de Mairet, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Sophonisbe, tragédie. Chef-d’œuvre de du Ryer. Vie de du Ryer, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Scévole, tragédie.
2. Chef-d’œuvres de Quinault. Vie de Quinault, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. La Mère coquette, ou les Amans brouillés, comédie. L’Amant indiscret, ou le Maître étourdi, comédie.
3. Chef-d’œuvres de La Drevetière de l’Isle. Vie de La Drevetière de l’Isle, suivie du catalogue de ses pièces. Arlequin sauvage, comédie, suivie d’un vaudeville gravé. Thimon le misanthrope, comédie. Le Faucon et les Oies de Bocace, comédie, suivie d’un vaudeville gravé. 


1784

4. Chef-d’œuvre de Rotrou. Vie de Rotrou, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Venceslas, tragédie. Chef-d’œuvre de Tristan L’Hermite. Vie de Tristan L’Hermite, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Mariamne, tragédie.
5. Chef-d’œuvres de Philippe Poisson. Vie de Philippe Poisson, suivie du catalogue de ses pièces. Le Procureur arbitre, comédie [page de titre datée 1783]. Alcibiade, comédie. L’Impromptu de campagne, comédie. Le Mariage fait par lettre-de-change, comédie. Les Ruses d’amour, comédie.
6. Danaus, tragi-comédie, de de l’Isle, suivie d’un vaudeville gravé. Le Valet auteur, comédie, de de l’Isle. Chef-d’œuvre d’Autreau. Vie d’Autreau, suivie du catalogue de ses pièces. Le Port-à-l’Anglois, ou les Nouvelles débarquées, comédie, suivie d’airs gravés.
7. Chef-d’œuvre de Longepierre. Vie de Longepierre, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Médée, tragédie. Chef-d’œuvre de Guymond de La Touche. Vie de Guimond de La Touche. Iphigénie en Tauride, tragédie. La Mort de Solon, tragédie [anonyme attribuée à Pierre Corneille].
8. La Magie de l’amour, comédie, par Autreau, suivie d’un vaudeville gravé. Les Faux Amis démasqués, comédie, par Autreau. Le Somnambule, comédie [anonyme, attribuée à Antoine de Ferriol]. Le Cercle, ou la Soirée à la mode, comédie, de Poinsinet, suivie d’un vaudeville gravé.
9. Œuvres de Poinsinet. Vie de Poinsinet, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Le Sorcier, comédie lyrique, mêlées d’ariettes, suivie d’airs gravés. Tom Jones, comédie lyrique, imitée du roman anglois de Fielding, suivie d’airs gravés. Œuvres de Baurans. Vie de Baurans. La Servante maîtresse, comédie lyrique, suivie d’airs gravés. Le Maître de musique, comédie lyrique, suivie d’airs gravés.
10. Chef-d’œuvres de La Fosse. Vie de La Fosse, suivie du catalogue de ses pièces. Polyxène, tragédie. Manlius Capitolinus, tragédie. Coriolan, tragédie, par de La Harpe.
11. Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus, pastorale, de Quinault, suivie d’airs gravés. Cadmus et Hermione, tragédie lyrique, de Quinault, suivie d’airs gravés. Alceste, ou le Triomphe d’Alcide, tragédie lyrique, de Quinault, suivie d’airs gravés. Thésée, tragédie lyrique, de Quinault, suivie d’airs gravés.
12. Avis sur les petits théâtres. Le Sabotier, ou les Huit sols, comédie [anonyme]. Le Rival par amitié, ou Frontin Quakre, comédie, par Madame de F** [Bodard de Tezay]. Gilles ravisseur, comédie parade, par d’Helle. Jérome pointu, comédie, par de Beaunoir. Les Quatre Coins, pastorale, par de Beaunoir. L’Anglois, ou le Fou raisonnable, comédie, par J. Patrat.

1785

13. Chef-d’œuvres de P. Corneille. Vie de P. Corneille, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Le Cid, tragédie, et pièces relatives.
14. Le Menteur, comédie, de P. Corneille. D. Sanche d’Aragon, comédie-héroïque, de P. Corneille.
15. L’Amante romanesque, ou la Capricieuse, comédie, par Autreau. Les Amans ignorans, comédie, par Autreau. La Fille inquiète, ou le Besoin d’aimer, comédie, par Autreau.
16. Horace, tragédie, de P. Corneille. Cinna, ou la Clémence d’Auguste, tragédie, de P. Corneille. Polyeucte, martyr, tragédie, par P. Corneille.
17. Œuvres de Scarron. Vie de Scarron, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Jodelet, ou le Maître valet, comédie. D. Japhet d’Arménie, comédie.
18. Pompée, tragédie, de P. Corneille. Rodogune, princesse des Parthes, tragédie, de P. Corneille. Héraclius, empereur d’Orient, tragédie, de P. Corneille.
19. Démocrite prétendu fou, comédie, par Autreau. Œuvres de l’abbé d’Allainval. Vie de l’abbé d’Allainval, suivie du catalogue de ses pièces. L’Embarras des richesses, comédie, suivie de vaudevilles gravés. Œuvres de mademoiselle Monicault. Notice de la vie de mademoiselle Monicault. Le Dédain affecté, comédie.
20. Œuvres de La Fontaine. Vie de La Fontaine, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Le Florentin, comédie. La Coupe enchantée, comédie. Je vous prends sans vert, comédie, suivie de vaudevilles gravés. Œuvres de Champmêlé. Vie de Champmêlé, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Les Grisettes, ou Crispin, chevalier, comédie.
21. Œuvres de Vadé. Vie de Vadé, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Le Poirier, opéra comique, suivi d’airs gravés. Le Suffisant, opéra comique, suivi d’airs gravés. Les Troqueurs, intermède, suivi d’airs gravés. Le Trompeur trompé, ou la Rencontre imprévue, opéra comique, suivi d’airs gravés. Sancho Pança dans son Isle, opéra bouffon, de Poinsinet, suivi d’airs gravés.
22. Nicomède, tragédie, de P. Corneille. Sertorius, tragédie, de P. Corneille. Othon, tragédie, de P. Corneille.
23. Atys, tragédie, de Quinault, suivie d’airs gravés [page de titre datée 1784]. Isis, tragédie, de Quinault, suivie d’airs gravés. Proserpine, tragédie, de Quinault, suivie d’airs gravés.
24. L’Amour quêteur, comédie, par de Beaunoir. Vénus pélerine, comédie, par de Beaunoir. L’Hymen et le dieu jaune, comédie, par de Beaunoir. La Musicomanie, comédie [par Nicolas Médard Audinot]. La Matinée du comédien de Persépolis, comédie [par Xavier Aubryet]. Les Deux Sœurs, comédie, par Mlle de Saint-Léger [Geille, dite Colleville]. Les Trois Damis, comédie [par Bodard de Tezay]. [à la fin :] Table des douze volumes de la première année (1784) de la Petite Bibliothèque des théâtres. Table des douze volumes de la seconde année (1785) de la Petite Bibliothèque des théâtres. 


1786

25. Chef-d’œuvres de T. Corneille. Vie de T. Corneille, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Ariane, tragédie. Le Comte d’Essex, tragédie.
26. Le Baron d’Albikrac, comédie, par T. Corneille. Le Festin de Pierre, comédie, de T. Corneille.
27. Jérôme et Fanchonnette, pastorale, par Vadé, suivie d’airs gravés. Nicaise, opéra comique, par Vadé, suivi d’airs gravés. Les Raccoleurs, opéra comique, par Vadé, suivi d’airs gravés. La Veuve indécise, opéra comique, de Vadé, suivi d’airs gravés. La Canadienne, comédie, par Vadé.
28. Œuvres de Jean Racine. Vie de J. Racine, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. La Thébaïde, ou les Frères ennemis, tragédie. Alexandre le Grand, tragédie. Andromaque, tragédie.
29. Le Triomphe de l’Amour, ballet, par Quinault, suivi d’airs gravés. Persée, tragédie, de Quinault, suivie d’airs gravés. Phaéton, tragédie, de Quinault, suivie d’airs gravés. Amadis, tragédie, par Quinault, suivie d’airs gravés.
30. Chef-d’œuvres de Boursault. Vie de Boursault, suivie du catalogue de ses pièces. Le Mercure galant, ou la Comédie sans titre, comédie. Les Fables d’Ésope, ou Ésope à la ville, comédie.
31. Chef-d’œuvres de Houdart de La Motte. Vie de Houdart de La Motte, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Inès de Castro, tragédie. Chef-d’œuvres de La Noue. Vie de La Noue, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Mahomet second, tragédie.
32. Ésope à la cour, comédie-héroïque, par Boursault. Les Plaideurs, comédie, de Racine. Le Magnifique, comédie, par Houdart de La Motte.
33. Chef-d’œuvres de Joly. Vie de Joly, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. La Capricieuse, comédie. La Femme jalouse, comédie. Le Retour de Mars, comédie, par de La Noue, suivie d’un air gravé.
34. La Coquette corrigée, comédie, par de La Noue. L’Obstiné, comédie, par de La Noue. L’École des amans, comédie, par Joly.
35. Chef-d’œuvres de Brueys. Vie de Brueys, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. L’Avocat Patelin, comédie. Le Muet, comédie, par Brueys et Palaprat.
36. Ésope à la foire, comédie [anonyme]. Le Danger des liaisons, comédie, par de Beaunoir. Annette et Basile, mélodrame comique, par Guillemain. La Ruse d’amour, ou l’Épreuve, comédie, par Maillé de Marencour, suivie d’airs gravés. Pierre Bagnolet et Claude Bagnolet, comédie, par de Ville. Les Deux Frères, ou les Vertus de l’enfance, comédie [par Thomas de Cursay].
1787

37. Chef-d’œuvres de Palaprat. Vie de Palaprat, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Le Ballet extravagant, comédie. Le Grondeur, comédie, par Brueys et Palaprat. Chef-d’œuvres de Boindin. Vie de Boindin, suivie du catalogue de ses pièces. Les Trois Gascons, comédie, suivie d’un vaudeville gravé. Le Port de mer, comédie, suivie d’un vaudeville gravé.
38. Chef-d’œuvres de Beauchamps. Vie de Beauchamps, suivie du catalogue de ses pièces. Le Portrait, comédie. Les Effets du dépit, comédie. Les Amans réunis, comédie. Chef-d’œuvre de Cérou. L’Amant, auteur et valet, comédie.
39. Britannicus, tragédie, de Racine. Bérénice, tragédie, de Racine. Bajazet, tragédie, de Racine.
40. Roland, tragédie, par Quinault, suivie d’airs gravés. Le Temple de la paix, ballet, de Quinault, suivi d’airs gravés. Armide, tragédie, de Quinault, suivie d’airs gravés. Théonis, ou le Toucher, pastorale, de Poinsinet, suivie d’airs gravés. Ernelinde, tragédie, de Poinsinet, suivie d’airs gravés.
41. Les Précieuses ridicules, comédie, de Molière. L’École des maris, comédie, de Molière. L’École des femmes, comédie, de Molière.
42. Œuvres de d’Hele. Vie de d’Hele. Le Jugement de Midas, comédie, suivie d’airs gravés. Les Fausses Apparences, ou l’Amant jaloux, comédie, suivie d’airs gravés. Les Événemens imprévus, comédie, suivie d’airs gravés.
43. Esther, tragédie, par Racine. Athalie, tragédie, de Racine.
44. Chef-d’œuvres de Molière. Vie de Molière, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. L’Étourdi, ou les Contre-tems, comédie. Le Dépit amoureux, comédie.
45. Chef-d’œuvres de Montfleury. Vie de Montfleury, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. La Femme juge et partie, comédie. L’École des bourgeois, comédie, par l’abbé d’Allainval.
46. Mithridate, tragédie, de Racine. Iphigénie, tragédie, de Racine. Phèdre, tragédie, de Racine.
47. Chef-d’œuvres de Gresset. Vie de Gresset, précédée de son portrait.  Sidney, comédie. Le Méchant, comédie. Chef-d’œuvre de Guyot de Merville. Vie de Guyot de Merville, suivie du catalogue de ses pièces.  Le Consentement forcé, comédie.
48. Le Sculpteur, ou la Femme comme il y en a peu, comédie, par de Beaunoir. Les Caprices de Proserpine, ou les Enfers à la moderne, comédie, par Pujoulx. La Solitude, comédie, par Guillemain. Le Pouvoir de la nature, ou la Suite de la ruse d’amour, comédie lyrique, par Maillé de Marencour. L’Elève de la nature, mélodrame, par Mayeur de Saint-Paul. L’Orgueilleuse, comédie, par Gabiot de Salins.


1788

49. Tartuffe, ou l’Imposteur, comédie, de Molière. Le Misantrope [sic], comédie, de Molière.
50. Édouard III, tragédie, de Gresset. Gustave-Wasa, tragédie, de Piron.
51. L’Amour médecin, comédie, par Molière. Le Médecin malgré lui, comédie, de Molière. Le Sicilien, ou l’Amour peintre, comédie, de Molière. L’Avare, comédie, de Molière.
52. Chef-d’œuvre de Piron. Vie de Piron, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. La Métromanie, comédie.
53. Amphitryon, comédie, de Molière. George Dandin, ou le Mari confondu, comédie, de Molière. Monsieur de Pourceaugnac, comédie, par Molière.
54. Le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet, par Molière. Les Fourberies de Scapin, comédie, de Molière. La Comtesse d’Escarbagnas, comédie, de Molière.
55. Chef-d’œuvres de Saurin. Vie de Saurin, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Spartacus, tragédie. Blanche et Guiscard, tragédie. Béverlei, tragédie-bourgeoise.
56. Les Femmes savantes, comédie, de Molière. Le Malade imaginaire, comédie-ballet, par Molière.
57. Les Mœurs du tems, comédie, par Saurin. L’Anglomane, ou l’Orpheline léguée, comédie, par Saurin. Chef-d’œuvre de La Chapelle. Vie de La Chapelle, suivie du catalogue de ses pièces. Les Carrosses d’Orléans, comédie. Chef-d’œuvre de Lafont. Vie de Lafont, suivie du catalogue de ses pièces.  Les Trois Frères rivaux, comédie. Le Naufrage, ou la Pompe funèbre de Crispin, de Lafont, comédie [page de titre datée 1789].
58. Chef-d’œuvres de Campistron. Vie de Campistron, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Le Jaloux désabusé, comédie. Chef-d’œuvre de Du Vaure. Notice sur Du Vaure. Le Faux Savant, comédie.
59. Chef-d’œuvre de Le Franc de Pompignan. Vie de Le Franc de Pompignan, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Didon, tragédie. Andronic, tragédie, de Campistron. Tiridate, tragédie, de Campistron.
60. Guerre ouverte, ou Ruse contre ruse, comédie, par Dumaniant. L’Heureux Dépit, comédie lyrique, par Roquil Lieutaud. L’Artiste infortuné, ou la Famille vertueuse, comédie, par d’Estival de Braban. Le Marchand d’esprit et le Marchand de mémoire, comédie, par Sedaine de Sarcy. [à la fin :] Table des années 1784, 1785, 1786, 1787 et 1788, de la Petite Bibliothèque des théâtres, telle qu’elle doit être reliée.


1789

61. Chef-d’œuvres de Crébillon. Vie de Crébillon, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Atrée et Thyeste, tragédie. Électre, tragédie. Rhadamysthe et Zénobie, tragédie.
62. Chef-d’œuvres de Le Sage. Vie de Le Sage, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Crispin rival de son maître, comédie. Turcaret, comédie.
63. Chef-d’œuvres de Baron. Vie de Baron, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. L’Homme à bonne fortune, comédie. L’Andrienne, comédie.
64. Chef-d’œuvres de Boissy. Vie de Boissy, suivie du catalogue de ses pièces. Le Babillard, comédie. Le François à Londres, comédie. Les Dehors trompeurs, ou l’Homme du jour, comédie. L’Époux par supercherie, comédie.
65. Chef-d’œuvres de Belloy. Vie de de Belloy, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Zelmire, tragédie. Le Siège de Calais, tragédie.
66. Gaston et Bayard, tragédie, par de Belloy. Gabrielle de Vergy, tragédie, par de Belloy.
67. Chef-d’œuvres de Néricault Destouches. Vie de Néricault Destouches, suivie du catalogue de ses pièces, et précédée de son portrait. Le Triple Mariage, comédie. Le Philosophe marié, ou le Mari honteux de l’être, comédie.
68. Le Glorieux, comédie, de Néricault Destouches. La Fausse Agnès, ou le Poète campagnard, comédie, de Néricault Destouches.
69. Chef-d’œuvres de Fagan. Vie de Fagan, suivie du catalogue de ses pièces. La Pupille, comédie. Le Rendez-vous, ou l’Amour supposé, comédie. L’Étourderie, comédie. Les Originaux, comédie.
70. Le Dissipateur, ou l’Honnête Friponne, comédie, de Néricault Destouches. Le Tambour nocturne, ou le Mari devin, comédie angloise, accomodée au théâtre françois, par Néricault Destouches.
71. Théâtre choisi de Collé. Tome premier. Vie de Collé, suivie du catalogue de ses pièces. Dupuis et des Ronais, comédie. La Partie de chasse de Henri IV, comédie.
72. Théâtre choisi de Collé. Tome second. Le Galant escroc, comédie, précédée des Adieux de la parade, prologue. La Vérité dans le vin, ou les Désagrémens de la galanterie, comédie. La Tête à perruque, ou le Bailli, petit conte dramatique.


Pour compléter la collection, Baudrais donna 8 volumes supplémentaires :  

73-75. Essais historiques sur l’origine et les progrès de l’art dramatique en France. Paris, Bureau de la Petite bibliothèque des théâtres, rue des Moulins, butte S. Roch, n° 11, Bélin, libraire rue S. Jacques, et Brunet, libraire, rue de Marivaux, place du Théâtre italien, 1784-1786, 3 vol. in-18 [le 4e n’est jamais paru].
76-80. Étrennes de Polymnie. Choix de chansons, romances, vaudevilles, &c. Paris, Bureau de la Petite Bibliothèque des théâtres, Bélin, Brunet, […] et tous les marchands de musique et de nouveautés, 1785-1789, 5 vol. in-18. [les deux premiers gravés par Le Roy « l’aîné », graveur de musique, place de Cambrai]


La publication, qui devait comprendre 81 volumes et qui n’en comprenait que 80, cessa avec le départ en émigration d’un grand nombre de souscripteurs.
Partisan de la Révolution, Baudrais se consacra alors à la politique. Admis dans le club des Jacobins, il fut successivement secrétaire de l’assemblée primaire, membre du conseil général de la commune et officier municipal, membre de la Société des Amis de la Constitution, juge de paix. C’est lui qui reçut et contresigna le testament de Louis XVI le 21 janvier 1793, à la prison du Temple. Déporté à Cayenne en 1802, comme complice de l’attentat de la rue Saint Nicaise, il se retira à New York, avant de rentrer à Paris en 1817. Il mourut du choléra le 4 mai 1832, à l’hospice des vieillards de Bicêtre. 
En 1789, Le Prince fut nommé secrétaire de la Bibliothèque du roi. Après avoir changé la distribution des volumes de la Petite Bibliothèque des théâtres, sauf la première année épuisée, il la fit reparaître, toujours imprimée par la veuve Valade, sous le titre de Chef-d’œuvres dramatiques (Paris, Bureau général des Chef-d’œuvres dramatiques, rue de la Sourdière, n° 14 [adresse de Le Prince]. Belin, libraire, rue Saint-Jacques, près Saint-Yves, Valade l’aîné, imprimeur-libraire, rue Plâtrière, J.J. Rousseau, n° 12, 1791, 106 volumes in-18), ainsi que les Essais historiques sur l’origine et les progrès de l’art dramatique en France (Paris, Bureau général des Chef-d’œuvres dramatiques, rue de la Sourdière, n° 14. Belin, libraire, rue Saint-Jacques, près Saint-Yves, Valade l’aîné, imprimeur-libraire, rue Plâtrière, J.J. Rousseau, n° 12, 1791, 3 vol. in-18) et les Étrennes de Polymnie sous le titre de Recueil de chansons, romances, &c. ou Étrennes de Polymnie (Paris, 1792, 5 vol. in-18). En 1792, il fut dépouillé de son emploi par Jean-Louis Carra (1742-1793) et Nicolas de Chamfort (1740-1794), nouveaux directeurs de la Bibliothèque nationale, et vécut alors dans la retraite. Il mourut le 31 décembre 1818 à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne), où il était membre du Conseil municipal et receveur trésorier des administrations charitables.




Le 9 novembre 2011, chez Sotheby’s Paris (« Livres précieux de la bibliothèque d’un amateur »), les 60 premiers volumes de la Petite Bibliothèque des théâtres, avec les 3 volumes des Essais historiques sur l’origine et les progrès de l’art dramatique en France, dans une reliure d’époque en maroquin rouge, triple filet doré d’encadrement sur les plats, dos lisse orné, exemplaire de Jacques-Joseph Techener (1802-1873), furent adjugés 6.250 €.



jeudi 27 décembre 2012

Les Cousins Bonnier, financiers et collectionneurs

Joseph Bonnier, deuxième du nom, baron de La Mosson, né à Montpellier le 6 septembre 1702, avait hérité à 24 ans de la fortune et de la charge de son père, trésorier général des états de la province du Languedoc.

Il installa à Paris un cabinet de curiosités renommé, dans son hôtel du Lude, construit par Robert de Cotte, rue Saint-Dominique, constitué  par des collections contenues dans neuf pièces de plain-pied : cabinet d’anatomie ; cabinet de chimie ou laboratoire ; cabinet de pharmacie ou apothicairerie ; cabinet des drogues ; cabinet du tour et des outils propres à différents arts ; premier cabinet d’histoire naturelle, contenant les animaux en fiole dans une liqueur conservative, avec quelques minéraux ; deuxième cabinet d’histoire naturelle, qui renferme les animaux desséchés, les papillons et autres insectes, les plantes, les mines, les minéraux, etc. ; cabinet de physique ou cabinet des machines avec plusieurs pièces d’artillerie, et nombre d’autres morceaux qui ont rapport aux mathématiques ; troisième cabinet d’histoire naturelle, contenant les coquilles, l’herbier, plusieurs volumes d’estampes qui la plupart ont rapport aux coquilles, et à d’autres parties de l’histoire naturelle et de la physique, ce cabinet est aussi celui de la bibliothèque. Jean-Baptiste Courtonne (1712-1781), architecte du château de Villarceaux [Chaussy, Val-d’Oise], réalisa en 1739-1740 huit planches de relevés des décors d’armoires et d’étagères réalisés par Jacques de Lajoue (1686-1761) pour le cabinet de curiosités.


Bonnier de La Mosson mourut à Paris, le 26 juillet 1744, après une vie agitée au cours de laquelle il dilapida sa fortune. Sa veuve dut faire vendre aux enchères le contenu du cabinet de curiosités, dont le catalogue fut rédigé par le marchand d’art Edme-François Gersaint (1694-1750) : Catalogue raisonné d’une collection considérable de diverses curiosités en tous genres, contenuës dans les cabinets de feu Monsieur Bonnier de La Mosson, bailly & capitaine des chasses de la varenne des Thuilleries, & ancien colonel du régiment Dauphin (Paris, Jacques Barrois et Pierre-Guillaume Simon, 1744, in-12, [6]-xiij-[3]-234-[2] p., 966 lots). Parmi les acquéreurs, on compte le naturaliste Buffon qui acheta cinq armoires d'histoire naturelle, contenant animaux desséchés, coquillages et autres collections, pour la somme de 3.000 livres, somme énorme, un garçon de laboratoire du Jardin des plantes recevait alors 200 livres par an.
La vente de la bibliothèque suivit. Le Catalogue des livres de M. Bonnier de La Mosson, trésorier des Etats de Languedoc (Paris, Jacques Barrois, 1745, in-8, [2]-118 p., 1.624 lots) ne donne généralement pour chaque numéro que le titre, auteur, lieu d’édition, date, nombre de volumes et format, sans indication complémentaire. Aucune provenance, rares « goth. », « fig. », « gr. pap. » Peu d’indications sur les reliures : « mar. r. » (numéros 671, 828, 855, 867, 871, 873, 927, 961, 963, 979, 1.037, 1.087, 1.121, 1.530 et 1.579), « mar. bl. » (numéros 99, 1.096 et 1.135), « mar. roug. » (n° 803), « mar. l. r. » (n° 315), « mar. v. » (n° 673), « mar. vert. » (n° 1.211). Quelques manuscrits. 
Aucune indication sur les exemplaires qui pouvaient posséder le super ex-libris armorié de Bonnier de La Mosson, « D’azur, à sept burelles d’or, accompagnées en chef de trois gerbes liées du même mises en fasce ».




Le cousin germain de Bonnier de La Mosson, était Antoine-Samuel Bonnier, seigneur d’Alco, président de la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier. À la mort de ce dernier, son fils, Ange-Élizabeth-Louis-Antoine Bonnier, né à Montpellier le 29 septembre 1750, le remplaça

Devenu député de l’Hérault (1791-1795), à l’Assemblée législative, puis à la Convention nationale, il vota pour la mort du roi Louis XVI. Sous le Directoire, il fut chargé de missions diplomatiques et se rendit à Rastadt comme ministre plénipotentiaire. Les négociations de Rastadt venaient d’être rompues par suite du commencement de la guerre de la deuxième coalition contre la France. Les ministres plénipotentiaires français au congrès quittèrent Rastadt le 9 floréal de l’an 7 [28 avril 1799]. À peine hors de la ville, à 200 pas au-delà des faubourgs, à neuf heures du soir, ils furent assassinés et dépouillés par le régiment des hussards dit Szecklers, sur ordre du quartier-général autrichien : Ange Bonnier et Claude Roberjot restèrent morts sur la route ; Jean Debry s’échappa blessé. Bonnier et Roberjot furent enterrés le lendemain au cimetière de la ville.



Bonnier d’Alco aimait les lettres et les beaux-arts. On a de lui des poésies qui jouissent de quelque estime et des Recherches historiques et politiques sur Malte (Paris, 1798, in-8), qu’il ne faut pas confondre avec celles de Honoré de Brès qui portent le même titre (Paris, Cramer, an VII, in-8).  
On lit dans l’avertissement du Catalogue des livres rares, singuliers et très-bien conditionnés, de feu le C. Bonnier, ministre plénipotentiaire de la République françoise, au congrès de Rastadt (Paris, G. Debure l’aîné, an VIII [1800], in-8, iv-180 p., 2.190 lots) :

« La Bibliothèque du Citoyen BONNIER, dont je publie aujourd’hui le Catalogue, renferme beaucoup de Livres rares & singuliers, qui sont en général très-bien conditionnés. Elle a été composée dans les Ventes les plus célèbres ; & comme le Citoyen Bonnier étoit extrêmement difficile sur le choix des Exemplaires, il laissoit rarement échapper ceux qui étoient d’une belle conservation. Chaque classe renferme des Livres très-difficiles à trouver. La partie des Sciences & Arts contient beaucoup de petits Traités sur l’Histoire Naturelle, la Médecine, &c. L’on trouve dans la partie des Belles-Lettres, qui est considérable, une très-belle suite de Poètes latins modernes, dont plusieurs ne se rencontrent que très-rarement ; des anciens Mystères, & quelques Romans de Chevalerie. Dans la classe de l’Histoire, beaucoup de Traités rares & singuliers sur les Antiquités & l’Histoire littéraire. Depuis long-temps il n’y a point eu de Vente qui ait présenté une Collection aussi nombreuse de Livres capables de fixer l’attention & la curiosité des Amateurs ; & ce qui doit être à leurs yeux d’un grand prix, c’est le soin que le Citoyen Bonnier mettoit à collationner & examiner ses acquisitions à mesure qu’il les faisoit. »

Ce catalogue ne signale que six provenances, des exemplaires ayant appartenu au comte d’Hoym :
Les Très-merveilleuses Victoires des femmes du Nouveau Monde, avec La Doctrine du siècle doré, Paris, Jehan Ruelle, 1553, Des merveilles du monde, 1553, et Description & charte de la Terre Sainte, s.d. [1553], trois des plus rares ouvrages de Guillaume Postel, in-18, mar. vert (n° 125 : 57 l. 1 s. Hoym n° 626. Appartiendra ensuite à Gaignat, Debure et Solar) ;
La Foy dévoilée par la raison, par Parisot, Paris, 1681, in-8, mar. vert, dent. (n° 138 : 4 l. 19 s. Hoym n° 634) ;
Homerici centones, H. Stephanus, 1578, in-18, v. f. (n° 758 : 12 l. Hoym n° 1.637.   Appartiendra ensuite à Caillard) ;
Pub. Ovidii Nasonis Opera, Lugd. Batavorum, ex offic. Elzeviriana, 1629, 3 vol. in-12, m. r.  doub. de m. r., dent, l. r. (n° 863 : 44 l. 4 s. Hoym n° 1.980) ;
La Gerusalemme liberata, Genova, 1617, in-fol., fig., v. f., l. r. (n° 1.183 : 7 l. Hoym n° 2.489) ;
Le Tiers & le Quart Livre des faits et dits héroïques de bon Pantagruel, par François Rabelais, Paris, 1552, in-8, m. cit., l. r. (n° 1.278 : 15 l. Hoym n° 2.571).    


lundi 24 décembre 2012

L’Éditeur artiste André Ferroud (1849-1921)

Si André Ferroud est devenu un éditeur un peu mystérieux aujourd’hui, c’est parce qu’il est tombé dans l’oubli. Pourtant, en son temps, cet éditeur aux larges épaules et aux grands cheveux, qui ressemblait tant à Balzac, était bien connu des amateurs. Ses éditions, qui sont parmi les plus belles productions éditoriales du xixe siècle, ne passent pas inaperçues dans les ventes publiques, souvent à cause de leurs riches reliures contemporaines (Charles Meunier, René Kieffer, Henri Noulhac, Lucien Durvand, Georges Canape, Petrus Ruban, etc.).


La « Librairie des amateurs » a été fondée en 1878, au n° 210 du boulevard Saint-Germain, par André Ferroud, né à Aix-les-Bains (Savoie) le 7 octobre 1849. Dès 1882, il abandonna son premier local, trop petit, pour s’installer au n° 192 du même boulevard.


Ferroud (à gauche) et (probablement) Descamps-Scrive

Simple libraire jusqu’en 1886, Ferroud s’essaya progressivement au rôle d’éditeur en publiant d’abord les trois ouvrages d’un instituteur, Zéphir-Joseph Piérart(1818-1879) : Histoire de Saint-Maur-des-Fossés (1886, 2 vol. in-8, pl.), La Grande Epopée de l’an II (1887, in-8, pl.) et Le Camp des Bagaudes (1887, in-8, 13 ill. hors-texte).
Lettré et réfractaire aux gros tirages et au bon marché, Ferroud désira travailler pour les seuls bibliophiles. S’intéressant aux entreprises de ses confrères éditeurs – Damase Jouaust (1834-1893), Henri Launette (1845-1894), Albert Quantin (1850-1933) et Émile Testard (1855-1896) –,  il s’entendait avec celui qui publiait un ouvrage qui lui plaisait pour faire tirer des exemplaires qui lui étaient réservés et auxquels il ajoutait souvent des planches.
Ainsi fit-il en 1887 pour La Dame aux camélias, par Alexandre Dumas fils (1824-1895), de la maison Quantin (s.d. [1886], in-4). La préface est de Jules Janin (1804-1874), avec une nouvelle préface inédite de l’auteur. L’ouvrage est illustré d’un frontispice gravé à l’eau-forte en couleurs par Eugène Gaujean (1850-1900), et de 10 eaux-fortes hors-texte, gravées, d’après les dessins de Albert Lynch (1860-1950), par Eugène-André Champollion (1848-1901) et Pierre-Augustin Massé. Ferroud fit exécuter pour ajouter à cette édition : un « Portrait » de Marie Duplessis, gravé à l’eau-forte, et « Les Quartiers de la Dame aux camélias », gravés à l’eau-forte d’après un dessin de Lynch.
Ainsi fit-il la même année pour Paul et Virginie, par Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), de Launette (1887, in-8), avec 12 illustrations hors-texte de Maurice Leloir (1853-1940), gravées à l’eau-forte par Auguste Boulard (1852-1927) : 50 exemplaires sur papier du Japon furent réservés à Ferroud.

Après la publication de Le Frère de la duchesse d’Angoulême (1888, in-8, tabl.), par l’abbé Henri Desportes, Ferroud s’installa définitivement en 1889 au n° 127 du boulevard Saint-Germain et continua d’éditer les tirages spéciaux de ses confrères :
Notre-Dame de Paris, par Victor Hugo (1802-1885), de Testard (1889, 2 vol. in-4), 10 compositions hors-texte, gravées à l’eau-forte par Adolphe-Alphonse Géry-Bichard (1841-v.1900), d’après Luc-Olivier Merson (1846-1920) : il a été fait pour Ferroud un tirage spécial à 50 exemplaires numérotés sur papier vergé à la forme au filigrane « Victor Hugo », contenant 2 états des grandes compositions hors texte (avant et avec la lettre) et une double suite des gravures dans le texte, et 10 exemplaires sur papier du Japon, avec double suite de toutes les eaux-fortes ; ces exemplaires diffèrent du reste de l’édition par un titre à son nom qui est orné d’un dessin de Gustave Fraipont (1849-1923), gravé sur bois par Auguste-Hilaire Léveillé (1840-1900), reproduit sur la couverture, et représentant la cathédrale de Paris.
Cinq-Mars ou Une conjuration sous Louis XIII, par Alfred de Vigny (1797-1863), de la maison Quantin (1889, 2 vol. in-8), portrait de l’auteur dessiné et gravé à l’eau-forte par Eugène Gaujean (1850-1900), 10 planches gravées à l’eau-forte par Gaujean d’après Albert Dawant (1852-1923), hors-texte. Il a été fait pour Ferroud un tirage spécial à 50 exemplaires numérotés sur papier à la cuve avec le filigrane de la « Librairie des amateurs », avec les compositions de Dawant en trois états (eau-forte pure, avant et avec lettre) et deux portraits d’Alfred de Vigny gravés par Gaujean et Edmond Hédouin (1820-1889).  
Daphnis et Chloé, par Longus (ive s.), de la maison Launette (1890, in-8), préface de Jules Claretie (1840-1913), compositions de Raphaël Collin (1850-1916), gravées à l’eau-forte par Eugène-André Champollion (1848-1901) : 50 exemplaires sur papier de cuve, avec les eaux-fortes en deux états (nos I à L) furent réservés à la « Librairie des amateurs » et remis en feuilles aux souscripteurs, dans un emboîtage en satin rose et avec leur nom imprimé.
Mémoires de Madame de Staal de Launay, de la « Librairie des bibliophiles », de Jouaust (1890, 2 vol. in-16), préface de la baronne Double (1848-1897) et 41 eaux-fortes par Adolphe Lalauze (1838-1905) : il a été fait pour Ferroud un tirage spécial à 50 exemplaires en un seul volume in-8 sur papier vélin du Marais, avec un titre et une couverture à son nom, et un album de la suite des eaux-fortes.
Mémoires des autres, par Jules Simon (1814-1896), de Testard (1890, in-12), illustrations de Noël Saunier (1847-1890) dans le texte, gravées sur bois par Charpentié, Méaulle et Quesnel : il a été tiré 50 exemplaires sur papier du Japon souscrits par Ferroud.
Nouveaux Mémoires des autres, par Jules Simon, de Testard (1891, in-12), illustrations dans le texte de Charles Léandre (1862-1934), gravées sur bois par Alfred Prunaire (1837-v.1900) ; il a été tiré 50 exemplaires sur papier du Japon souscrits par Ferroud.
La Confession d’un enfant du siècle, par Alfred de Musset (1810-1857), de Quantin (1891, in-8), avec 10 planches hors-texte de Paul Jazet (1848-1918), gravées à l’eau-forte par Eugène Abot (1836-1894) : il a été tiré 50 exemplaires numérotés sur papier du Japon pour Ferroud, qui contiennent les eaux-fortes en triple état (eau-forte pure, avant la lettre et avec la lettre).
Les Beaux Messieurs de Bois-Doré, par George Sand (1804-1876), de Testard (1892, 2 vol. in-8), illustrations d’Adrien Moreau (1843-1906), gravées sur bois par Brauer, Froment, Méaulle, Rousseau et Thomas : il a été imprimé 50 exemplaires numérotés I à L sur papier à la cuve pour Ferroud, avec un album du tirage à part des gravures sur bois et un album des compositions de Moreau gravées à l’eau-forte par Boulard, Géry-Bichard et Vion, en 3 états.
Le Chevalier de Maison-Rouge, par Alexandre Dumas (1802-1870), de Testard (1894, 2 vol. in-8), illustrations de Julien Le Blant (1851-1936), gravées sur bois par Léveillé : il a été tiré pour Ferroud 50 exemplaires sur papier de Chine extra-fort (nos 76 à 110) avec un tirage à part de toutes les gravures dans un emboîtage ; Le Blant a fait, après coup, une série de 10 compositions hors-texte qui ont été gravées à l’eau-forte par Géry-Bichard, dont 35 exemplaires sur Chine extra-fort en 4 états ont été souscrits par Ferroud.

Parallèlement, Ferroud dirigea quelques ventes publiques dont il édita les catalogues :
-          Livres d’histoire, d’archéologie, littérature, beaux-arts, sciences, architecture, numismatique, géographie, voyages, et nombreux ouvrages sur Paris et les provinces provenant de la bibliothèque de feu M. L.G. (1886).
-          Livres composant la bibliothèque de feu M. le Bon. de M. (1886).
-          Livres rares et curieux provenant de la bibliothèque de M. le Cte de V*** (1886).
-          Bibliothèque de feu M. Edmond Lambert […] et […] celle de feu M. Z.-J. Piérart (1887).
-          Livres rares et curieux, anciens et modernes, provenant de la bibliothèque de M. E.-T. Ch. (1887).
-          Catalogue de la bibliothèque de M me George Sand et de M. Maurice Sand (1890).
-          Bibliothèque d’un amateur parisien et […] bibliothèque de M. L.C. (1890).
-          Beaux livres provenant de la bibliothèque de M. K. (1890).

Le Dernier Abbé (1891, in-8), par Paul de Musset (1804-1880),  fut sa première grande publication personnelle. Illustré de 19 compositions par Adolphe Lalauze (1838-1905), avec une préface par Anatole France (1844-1924), il fut tiré à 42 exemplaires sur papier du Japon (nos 1 à 42), avec trois états des planches (eaux-fortes pures, état terminé avec remarques et suite dans le texte) ; 63 exemplaires sur papier du Japon (nos 43 à 105), avec deux états des planches dont une avec remarques ; 105 exemplaires sur grand papier vélin d’Arches (nos 106 à 210) avec deux états des planches dont une avec remarques ; 315 exemplaires sur papier vélin d’Arches (nos 211 à 525) avec un état des planches.



Millet dans son atelier
Suivit Le Livre d’or de J.-F. Millet par un ancien ami (s.d. [1891], in-4), avec 17 eaux-fortes par Frédéric Jacque (1859-1931) : un portrait, une vignette au titre, 3 bandeaux, 3 eaux-fortes, 9 planches sous serpentes. Tiré à 550 exemplaires : nos 1 à 50 sur papier du Japon ; nos 51 à 550 sur papier de Hollande teinté.

Pour servir de pendant au Dernier Abbé, Ferroud publia La Mouche (1892, in-8), par Alfred de Musset (1810-1857), avec une préface par Philippe Gille (1831-1901), ouvrage illustré de 30 compositions par Adolphe Lalauze. Portrait de l’auteur, d’après le célèbre portrait de Charles Landelle (1821-1908) fait en 1854, hors-texte ; portrait de Musset enfant d’après Mathieu-Ignace van Brée (1773-1839) et 6 planches à pleine page compris dans la pagination. Tirée à 500 exemplaires, savoir : nos 1 à 10 sur papier du Japon, avec trois états des planches (eau-forte pure, état terminé avec remarque et suite dans le texte), avec une aquarelle originale de Lalauze ; nos 11 à 40 sur papier du Japon avec trois états des planches (les mêmes que précédemment) ; nos 41 à 50 sur grand papier vélin d’Arches avec trois états des planches (les mêmes que précédemment) ; nos 51 à 110 sur papier du Japon avec deux états des planches ; nos 111 à 200 sur grand papier vélin d’Arches avec deux états des planches ; nos 201 à 500 sur papier vélin d’Arches avec un état des planches. Les épreuves de l’eau-forte pure portent la signature de Lalauze.
Le succès du Dernier Abbé et de La Mouche, grâce au talent de Lalauze, permit à Ferroud de se lancer dans d’autres publications.

Un Début au marais (1892, petit in-8), par Fusillot, pseudonyme de Paul Reveilhac (1847-1896), fondateur et premier président de la Société normande du livre illustré, 4 eaux-fortes de Lalauze hors-texte, 10 dessins de Hector Giacomelli (1822-1905), gravés sur bois par Jules Huyot (1841-1921) dans le texte. Tiré à 200 exemplaires : nos 1 à 5 sur papier du Japon avec les eaux-fortes en trois états, le tirage à part des bois et une aquarelle originale de Giacomelli ; nos 5 à 25 sur papier du Japon ou de Chine avec les eaux-fortes en trois états et le tirage à part des bois ; nos 26 à 50 sur papier du Japon ou de Chine, eaux-fortes en deux états ; nos 51 à 75 sur papier vélin du Marais à la forme, eaux-fortes en deux états ; nos 76 à 200 sur papier vélin du Marais, eaux-fortes avec la lettre. Les exemplaires en papier vélin ont une couverture verte, ceux en papier de Chine une couverture havane et ceux sur papier du Japon une couverture Japon.

Hérodias (1892, in-8), l’un des trois contes – avec Un cœur simple et La Légende de Saint Julien l’Hospitalier – de Gustave Flaubert (1821-1880), préfacé par Anatole France :

« M. Ferroud, qui a toujours d’excellentes idées, ne fut jamais mieux inspiré que le jour où, voulant donner aux bibliophiles une édition somptueuse d’Hérodias, il demanda, pour illustrer ce beau conte, des dessins à M. Georges Rochegrosse. »

Les compositions de Georges-Antoine Rochegrosse (1859-1938) furent gravées à l’eau-forte par Eugène-André Champollion (1848-1901) : 4 hors-texte, comprises dans la pagination, et 17 dans le texte ; l’eau-forte du titre est reproduite sur la couverture. Tiré à 500 exemplaires numérotés : nos 1 à 20 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) et un motif à l’aquarelle de Georges Rochegrosse ; nos 21 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 200 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 201 à 250 sur grand papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre ; nos 251 à 500 sur papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre. Plus 8 exemplaires sur papier Whatman avec 3 états des planches, hors commerce. Le souhait de D’Eylac [Anatole de Claye (1851-1903)] fut exaucé :

« Et maintenant il y a les deux autres contes de Flaubert. M. Ferroud ne cherchera-t-il pas à nous en donner des éditions qui soient les pendants de celle d’Hérodias ? S’il y parvenait, j’ose lui garantir que son nom, conservé par de telles œuvres, vivrait, aussi longtemps que le goût des beaux livres subsistera, dans la mémoire des bibliophiles reconnaissants. » (D’Eylac. La Bibliophilie en 1891-1892. Paris, A. Rouquette, 1893, p. 66)

Le Roi Candaule (1893, in-8), par Théophile Gautier (1811-1872), préface par Anatole France, avec 21 compositions de Paul Avril (1843-1928) ; frontispice entre le faux titre et le titre et 5 planches hors-texte comprises dans la pagination. Tiré à 500 exemplaires numérotés : nos 1 à 20 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) et un motif à l’aquarelle de Paul Avril ; nos 21 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 200 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 201 à 250 sur grand papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre ; nos 251 à 500 sur papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre. Plus 10 exemplaires sur papier Whatman avec 3 états des planches, hors commerce. La suite des dessins originaux de Paul Avril fut acquise en bloc par Eugène Paillet (1829-1901). La publication du Roi Candaule permit à D’Eylac de dégager ce qu’il a appelé la « formule » de Ferroud :

« J’observe d’abord que M. Ferroud ne considère pas qu’en matière de livres d’art le livre lui-même, le texte, soit une quantité négligeable. C’est un excellent principe. Je n’ignore pas qu’il y a des exceptions : certains ouvrages illisibles – tels le Recueil de Chansons choisies de M. de Laborde ou les Fables de Dorat – doivent à leur illustration d’être cotés en bibliophilie, et chèrement cotés ! Mieux vaut pourtant ne pas tenter l’aventure. M. Ferroud n’édite que des œuvres littéraires consacrées : il a grandement raison.
Je remarque, en second lieu, qu’aucune de ces œuvres choisies par lui n’avait précédemment donné lieu à des éditions de luxe. Il estime et il prouve que le champ de la nouveauté est assez vaste pour qu’on ne s’acharne pas indéfiniment après les mêmes illustrations. Je puis affirmer qu’il ne songe pas à donner la moindre Manon Lescaut ! Pourquoi refaire ce qui a déjà été fait, – parfois au risque de faire moins bien ? Je m’entends : quand la Société des Amis des Livres conçoit, par exemple, une façon d’illustrer Zadig qui sera, et par le genre et par les procédés, absolument inédite, je l’approuve de donner suite à son idée ; je l’approuve surtout de réussir comme elle vient de réussir. Mais j’en ai assez, et le public aussi en a assez de ces éternels « recommencements » qui tendraient à accréditer l’opinion que les bibliophiles ne savent s’intéresser qu’à trois ou quatre livres, toujours les mêmes.
Autre constatation : les éditions Ferroud sont d’un format excellent. Plus petit, les gravures seraient trop réduites ; plus grand, ce serait mal commode : il faut que le livre de bibliophile soit aisément maniable. – Veut-on maintenant que nous examinions de près l’impression ? Elle est irréprochable ; on sent que Chamerot [Georges Chamerot (1845-1922), imprimeur de la Revue des deux mondes] y donne tous ses soins. La dimension des caractères est appropriée à celle des figures dans le texte ; car il y a une juste proportion à observer, un texte trop gros écrasant des eaux-fortes trop menues. – Et la mise en pages ! Pour ne signaler qu’un point, tous les chapitres commencent en « bonne page » [ou « belle page » : page recto, toujours impaire et de droite], sans qu’il y ait jamais, en face, une de ces pages blanches qui viennent si désagréablement interrompre le texte.
Mais au-dessus de tout, il y a le choix à faire des artistes pour l’illustration. M. Ferroud ne s’est jamais adressé, comme on l’a vu, qu’à des artistes hors de pair. Chaque fois, il s’est adressé à l’artiste que la nature de son talent désignait le mieux pour les sujets à traiter. Après coup, cela paraît tout simple. Nous ouvrons Hérodias, et nous nous disons qu’il était bien naturel d’en charger Rochegrosse. De même pour le Dernier Abbé et la Mouche : Lalauze n’était-il pas le vignettiste indiqué ? De même pour le Roi Candaule …. Eh bien ! il paraît cependant que ce n’est pas chose si facile de charger d’une tâche celui qui saura la remplir. »
(Le Livre et l’Image. N° 4 – juin 1893, p. 244-245)   

Un cœur simple (1894, in-8), par Gustave Flaubert, préfacé par Anatole de Claye, avec 23 compositions par Émile Adan (1839-1937) gravées à l’eau-forte par Champollion : 10 hors-texte et 13 dans le texte ; la vignette du titre est reproduite sur la couverture. Tiré à 500 exemplaires numérotés : nos 1 à 20 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) et un motif à l’aquarelle d’Émile Adan ; nos 21 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 200 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 201 à 250 sur grand papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre ; nos 251 à 500 sur papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre. Plus 10 exemplaires sur papier Whatman avec 3 états des planches, hors commerce.

Ferroud aimait les livres qui vont deux par deux : le pendant du Roi Candaule fut Une nuit de Cléopâtre (1894, in-8), par Théophile Gautier, préfacée par Anatole France, avec 21 illustrations dessinées et gravées à l’eau-forte par Paul Avril. Tirée à 500 exemplaires numérotés : nos 1 à 20 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) et un motif à l’aquarelle de Paul Avril ; nos 21 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 200 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 201 à 250 sur grand papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre ; nos 251 à 500 sur papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre.






 

Reliure de Rollinger Lemmo

 Jean et Jeannette (1894, in-8) par Théophile Gautier, avec une préface par Léo Claretie (1862-1924) et 24 en-tête de chapitres et culs-de-lampe – il n’y a pas cette fois de compositions hors-texte – dessinés et gravés à l’eau-forte par Adolphe Lalauze. Tiré à 500 exemplaires numérotés : nos 1 à 20 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) et une composition originale de Lalauze ; nos 21 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 200 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 201 à 250 sur grand papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre ; nos 251 à 500 sur papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre.

La Légende de Saint Julien l’Hospitalier (1895, in-8), par Gustave Flaubert, préfacée par Marcel Schwob (1867-1905), est illustrée de 26 compositions par Luc-Olivier Merson (1846-1920), gravées à l’eau-forte par Alphonse-Adolphe Géry-Bichard (1841-v.1900) : 3 hors-texte et 23 dans le texte ; la vignette du titre est reproduite sur la couverture. Tirée à 500 exemplaires numérotés : nos 1 à 20 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) et une composition originale de Luc-Olivier Merson ; nos 21 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 200 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 201 à 250 sur grand papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre ; nos 251 à 500 sur papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre. Plus 8 exemplaires sur papier Whatman avec 3 états des planches, hors commerce.

Mes souvenirs (1895, in-8), par Caroline Commanville (1846-1931), nièce de Flaubert, avec des illustrations de l’auteur. Tirés à 500 exemplaires : nos 1 à 50 sur papier de Chine ; nos 51 à 70 sur papier du Japon ; nos 71 à 500 sur papier vélin.

Omphale (1896, in-12), par Théophile Gautier, avec une préface par Anatole de Claye et des illustrations dessinées et gravées par Adolphe Lalauze. Tirée à 300 exemplaires : nos 1 à 50 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ;  nos 51 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 300 sur papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre.



La Chaîne d'or
La Chaîne d’or (1896, in-8), par Théophile Gautier, préfacée par Marcel Schwob et illustré de 17 compositions coloriées au pinceau par Georges Rochegrosse. Tirée à 200 exemplaires contenant une suite en couleurs des illustrations avec le texte, et une suite en noir hors-texte.

Inès de las Sierras (1897, in-8), par Charles Nodier (1780-1844), avec une préface par Anatole de Claye et des illustrations dessinées et gravées en couleurs par Paul Avril : 1 sur le titre, 15 hors-texte. Tirée à 200 exemplaires.

Les Prisonniers du Caucase (1897, in-8), par Xavier de Maistre (1763-1852), avec 9 illustrations hors-texte de Julien Le Blant (1851-1936), gravées à l’eau-forte par Louis Muller. Tirés à 500 exemplaires :  nos 1 à 10 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) et une composition originale de Julien Le Blant ; nos 11 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 150 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 151 à 500 sur papier vélin d’Arches.



La Mille et deuxième nuit

La Mille et deuxième nuit (1898, in-8), par Théophile Gautier, préfacée par Louis-Jules Gastine (1858-1930) et illustrée de 9 compositions par Adolphe Lalauze. Tirée à 500 exemplaires.

Le Pavillon sur l’eau (1900, in-8), par Théophile Gautier, avec une préface de Camille Mauclair (1872-1945) et des compositions en couleurs de Henri Caruchet. Tiré à 350 exemplaires.

Salammbô (1900, 2 vol. in-8), par Gustave Flaubert, préfacée par Léon Hennique (1850-1935), illustrée de deux vignettes sur les couvertures, deux frontispices, 18 gravures hors-texte, 15 gravures dans le texte en tête de chaque chapitre et 15 culs-de-lampe, le tout gravé à l’eau-forte par Champollion d’après Georges Rochegrosse. Tirée à 600 exemplaires : nos 1 à 20 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) et un motif à l’aquarelle de Rochegrosse ; nos 21 à 100 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 3 états des eaux-fortes (eaux-fortes pures, avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 101 à 200 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches avec 2 états des eaux-fortes (avant la lettre avec remarques, avec la lettre) ; nos 201 à 600 sur papier vélin d’Arches, eaux-fortes avec la lettre.





Byblis (1901, in-8), par Pierre Louÿs (1870-1925), préfacée par Auguste Gilbert de Voisins (1877-1939), illustrée de 44 compositions en couleurs par Henri Caruchet et  tirée à 300 exemplaires, dont 100 sur Japon et 200 sur papier vélin d’Arches.

Aline, reine de Golconde (1901, in-4), par Stanislas de Boufflers (1738-1815), avec une préface de Camille Mauclair, illustrée de 14 compositions par Léon Galand (1872-1960), gravées à l’eau-forte.




Madame de Luzy (1902, in-12), par Anatole France, illustrée de 10 compositions dessinées et gravées à l’eau-forte par Lalauze, tirée à 350 exemplaires : nos 1 à 110 sur Japon ou papier vélin d’Arches ; nos 111 à 150 sur papier du Japon ; nos 151 à 350 sur papier vélin d’Arches.

Mémoires d’un volontaire (1902, in-8), par Anatole France, avec 26 compositions de Adrien Moreau (1843-1906), gravées à l’eau-forte par Xavier Lesueur, tirés à 400 exemplaires : nos 1 à 160 sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches ; nos 161 à 400 sur papier vélin d’Arches.
 
Myrrha vierge et martyre (1903, in-8), par Jules Lemaître (1853-1914), préfacée par l’auteur, avec 13 compositions par Louis-Édouard Fournier (1857-1917), gravées par Lesueur, fut tirée à 400 exemplaires.

Malade depuis 1897, André Ferroud se retira des affaires en 1903, céda sa maison à son neveu François Ferroud, qui la dirigeait déjà depuis quelques années, et mourut à Paris, le 22 octobre 1921.
Comme don de joyeux avènement, le nouveau propriétaire fit à ses clients la surprise d’une charmante plaquette : La Rédemption de Pierrot, pantomime de Léon Hennique, illustrée de 5 compositions dessinées et gravées à l’eau-forte par Louis Morin (1855-1938). Elle fut tirée à 150 exemplaires numérotés : nos 1 à 25 sur papier du Japon contenant trois états des eaux-fortes, dont l’eau-forte pure ; nos 26 à 150 sur papier du Japon avec les eaux-fortes avec la lettre ; un exemplaire unique sur Whatman contenant tous les originaux et un dessin inédit de Louis Morin.